Ma Lettre ouverte au Président de la République
Dans le cadre du mouvement actuel, concernant la défense d’une approche humaine dans le champ psychiatrique, et en réaction au discours du Président de la République Française du 2 décembre 2008 concernant sa réforme sécuritaire de la psychiatrie, la mobilisation de “la nuit sécuritaire” propose à chacun l’envoi d’une lettre ouverte au Président, pour exprimer son profond désaccord.
Voici, donc la lettre que j’ai envoyé :
Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République à propos de son discours du 2 décembre 2008 à l’hôpital Erasme d’ANTONY concernant une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie.
Paris, le 4 mars 2009
L’illusion sécuritaire est le plus grand des dangers.
Monsieur le Président,
Qui protégeons nous en désignant les plus souffrants comme criminels ?
Les bannir, les mettre en dehors de la société, les traiter comme des bêtes à surveiller et à tracer : si nous avons opté pour la traçabilité de la viande bovine au moment de la crise de la vache folle, l’homme dit « fou » dans sa crise, quant à lui, ne représente pas un tel danger. Ne confondons pas les vaches et les hommes.
S’il y a des personnes à protéger, ce sont bien les plus souffrants, les plus fragiles ceux là même qui sont les plus sensibles à la violence sociale qui par sa masse broie les minorités. Ne devons-nous pas écouter Albert Camus lorsqu’il affirme : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » ?
Si l’effroi de la rencontre avec ce qui semble tant différer de nous se comprend sur un plan psychologique, il ne faut pas pour autant se laisser aller jusqu’au bout de nos peurs. Celui qui est en marge de nous-même, nous angoisse car il réveille ce qui est en marge en nous-mêmes. Doit-on punir l’autre de ce qu’on ne veut rien savoir de nous ?
Oui, la souffrance psychique dans ses manifestations les plus impressionnantes fait peur. Non pas parce que le schizophrène n’est pas humain mais parce qu’il nous ressemble. Il est humain comme nous, il pointe une fragilité chez l’humain commun à tous mais dont chacun a trouvé des solutions différentes. Potentiellement si les plus grandes souffrances sont dangereuses dans ce cas « nous sommes tous des schizophrènes dangereux ».
Ce dont ont besoin les plus souffrants, ce n’est pas de menottes, ni de barreaux, car le danger n’émane pas d’eux, le danger pour eux c’est l’isolement, l’emprisonnement, la stigmatisation et la déshumanisation. Au contraire, ils ont besoin de présence humaine, de professionnels qui les rassurent, les accompagnent, les soutiennent, les écoutent et les reconnaissent avec dignité.
Ainsi face à la violence de votre discours du deux décembre 2008, je me révolte, non pas pour moi mais pour la société, les valeurs humaines de la démocratie, l’éthique qui sous-tend la pratique des professionnels du champ Médicosocial, et surtout je me révolte pour les patients qui ont déjà suffisamment à faire avec leur souffrance. Au fardeau de la pathologie ne rajoutons pas le poids de l’accusation (de quelles fautes sont-ils coupables ?), de l’exclusion et de la diabolisation.
« Je me révolte donc nous sommes » !
Veuillez agréer, Monsieur Le Président, la considération due à votre fonction,
DARDART Jean-Christophe
Psychologue Clinicien
Citoyen
Être humain.
PS : Je tiens à remercier tout particulièrement mes 2 correctrices







6 Réponses à “Ma Lettre ouverte au Président de la République”
de rien
de beaucoup
(ok c’est pas drôle)
eheh ne faisons pas beaucoup de bruit pour rien
ok je sors —>
Magnifique J.C !!!
Mais, un jour (bientôt) de tels courriers, comme mes propos sur schizophrenia,nous mèneront directement en placement d’office, comme au bon vieux temps du « soviet suprême ».
Ta lettre est courageuse, J.C..
Merci de la part de tous les malades mentaux de France et de Navarre.
Ton copain rocker et schizophrène
Merci pour ces beaux compliments, l’ami
C’est justement pour ne pas en arriver aux extrémités du “soviet suprême” que nous nous battons. Tant que j’y suis ça me fait penser que je voulais t’inviter à proposer ton texte comme lettre ouverte au président et à envoyer une copie au site de la nuit sécuritaire. On manque cruellement de lettres envoyées par ceux qui ont connu le secteur psychiatrique en tant que patients. En plus c’est un très bon texte qui est juste et touchant :
Pour la marche à suivre pour envoyer ta lettre c’est ici : http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article40
pour envoyer une copie au mail du site de la nuit sécuritaire : lanuitsecuritaire[arobase]collectifpsychiatrie[point]fr
JC t’es le plus beau, le plus cool, le plus sexy des penseurs de nôtre temps.
Allez, trêve de plaisanterie, ça fait plaisir de voir que des personnes se risquent à la contestation au nom de la liberté de penser.
Allez va mon brave, continue ta contestation