L’illusion groupale chez Google
C‘est en regardant un documentaire nommé « Google, la machine à penser » de Gilles Cayatte, diffusé lundi 13 mars sur France 5 ( Mais aussi consultable sur ce lien), que j’ai eu l’idée de cet article. En effet, l’auteur s’est intéressé au fonctionnement de cette entreprise et à la façon dont les employés étaient pris dans un fonctionnement bien particulier.
Chez Google les employés sont tous jeunes, travaillent sans compter, notent leur collègues, travaillent sur des projets annexes pour Google sur leur temps libres. Nul besoin de sortir des bureaux, il y a tout : salle de sport, de détente, de jeux vidéos, une cantine gratuite etc. Tout est aménagé pour que les employés se sentent bien et en sécurité et surtout le plus fusionné possible à l’entreprise : « je ne vois que mes collègues ». Google est cette bonne mère archaïque qui nourrit, divertit et dont les enfants sont tous égaux.
Cette technique de management est un puissant outil de servitude et de dévotion volontaire qui s’appuie sur un puissant sédiment celui de l’illusion groupale et qu’on peut résumer en cette phrase : « Nous sommes un bon groupe, on s’aime tous, on se dévoue tous au but qui nous réunit. Notre chef est bon et le plus juste ». C’est à Didier Anzieu que l’on doit ce concept qu’il décrit comme un retour sur le plan du groupe à une époque où le nourrisson ne faisait qu’un avec la mère. En résumé l’espace groupal devient une entité maternelle dans laquelle les membres sont encore fusionné à elle. Dans le documentaire on voit bien que les employé sont identifiés corps et âmes à Google. D’ailleurs, il ne sont pas nommés comme étant des employés mais comme « googler », et ils adoptent la « google attitude ». De plus, ils sont tous égaux : or le fantasme égalitaire est l’une des conditions de l’illusion groupale , cherchant à se faire préférer par Google : car les employés notent les employés. Tout ceci servant une seule chose : la rentabilité.
Ce type de modèle n’a pas été inventé par Google ( et ne lui est pas unique) et l’on trouve ce type de management depuis quelques décennies chez d’autres (ce passage c’est pour faire plaisir à Burninghat
). Mais on constate que Google va particulièrement loin dans ce processus d’illusion. Le problème au delà de la question morale de la servitude, c’est le moment où cette illusion puissante va prendre fin. Ce moment où dans l’épuisement le sujet va se rendre compte qu’il s’agissait d’une illusion, il se confrontera à une sacrée perte, celle d’un objet illusoire. Ce qui s’annoncerait alors c’est le risque d’une dépression, qui a toujours avoir avec la perte. Ce que fait ce type de management c’est une immense fabrique à dépression. Restons attentif.







14 Réponses à “L’illusion groupale chez Google”
Très juste. J’ai hâte de voir d’autres reportages sur Google, et sur les employés. J’ai trouvé ce documentaire bien, mais on a l’impression qu’ils n’ont pas voulu ou pas pu briser la glace avec les employés, et ça ne va pas très loin. On les observe comme des petits rats de laboratoire en flippant pour eux, comme si on ne risquait même plus de les croiser dans la rue. Comme s’ils devaient être enterrés dans un cimetière aux tombes multicolores une fois le service fini. Tu as bien choisi ta bannière Casimir!
C’est vrai qu’on a l’impression de voir une observation de laboratoire. Après est-ce une volonté du réalisateur pour la construction de son récit (car un documentaire démontre et sert un propos alors qu’un reportage montre les choses plus “objectivement”) ou une gêne des employés ? je sais pas
j’aime beaucoup ta façon de flatter mon égo… continu, j’aime ça !
Sinon, bon bah tu sais bien ce que j’en pense vu que je t’ai livré mes commentaires à mesure sur Twitter quand tu m’as filé le lien sur les vidéos. Tu sais aussi que je partage globalement ton avis, notamment sur les dangers que représentent ce genre de management. Surtout sur ce qu’induit le fait de juger (sic) ses pairs et, pire encore, de se savoir observé et jugé en permanence par ses pairs. Je suis sûr qu’Orwell aurait adoré ce concept
Don’t Be Evil… or not !
@burningHat: En effet, pas de grandes surprises pour toi vu qu’on en avait parlé le jour même. Limite j’aurais pu copier/coller notre échange sur Twitter, ça aurait été plus 2.0
Te prive pas pour me citer si tu trouves que j’ai dis des trucs intelligents :-p Nan mais il est très bien ce billet comme ça…
ça te ferais monter au top wikio si tu y étais inscrit
Intéressant, ce billet, mais je reste sur ma faim… Moi qui n’ai pas eu accès à cette émission, j’aurais bien voulu que tu développes ta pensée et ton opinion sur ce type de management…
@marc : salut, tu as eu droit au coup du “pas disponible pour votre pays” sur dailymotion ?
En fait, l’exemple de google que j’ai pris décrit une extrémité de l’utilisation de l’illusion groupale dans le management. beaucoup de managemùent s’appuient sur des effets de groupes pour améliorer le fonctionnement de l’entreprise, parfois jusqu’à la caricature. Mais ce que montrait le documentaire allait beaucoup plus loin, car là il y une identité de travailleur chez google qui prend une place très forte : ils ont même un nom les googlers. Google est dans cette proportion à viser le tout, l’immensité, jusqu’au ses employés qui sont fusionné à google. En fait ce management, touche presque à des sentiments de types religieux à la différence que ça ne vise non pas à répondre à des questions existentielles mais au rendement.
Très bien choisie l’image Casimir et son île aux enfants, ça fait vraiment ça…des adulescents…s’ils ont en général moins de 30 ans les googlers, quand ils quittent Google pour une autre entreprise (ça doit bien arriver, ils doivent être compétents et convoités) est-ce là qu’ils déchantent et entrent en dépression ou ont-ils les dents qui poussent comme les autres vampires ou sont-ils à tout jamais prisonniers de la pieuvre Google ?
Attention l’abus de dessins animés, de vieilles séries TV est dangereux pour la santé
Ah woué le prochain billet : un copier/coller de twitter…why not ?
La dépression de le travail est plus lié à un épuisement qu’à un changement de travail bien que ça varie selon les personnes et leur histoires. De plus il y pas une dépressions mais des dépressions qui n’ont pas les mêmes intensités et causes. De plus, ce qui va jouer surtout c’est son histoire : elle déterminera comment le sujet va réagir. En gros, ça sera selon la manière dont un événement va rappeler une blessure plus ancienne et profonde.
merci pour les précisions jisee
Qui sont les deux personnages à gauche de Casimir et qui est celui à sa droite ? Haaa 04 h 32 et voilà que je vais me coucher en dormant très mal, en espérant qu’en me levant j’aurai une réponse !
Je pense que tu pourras trouver des indices ici : http://www.casimirland.com/ile_aux_enfants/personnages/index.php
Sinon pour des raisons de droit d’images j’ai changé la photo.