La question de l’évaluation
L’évaluation n’est pas en soi le mal venant du grand capital qui vient ronger le destin du pauvre peuple. Comme toutes sciences, elle n’est dangereuse que lorsqu’elle sert une idéologie et qu’elle fait des promesses non pas d’ordres scientifiques mais religieux (ou ayant quelque chose de religieux), ce qu’on pourrait appeler scientisme.
Au contraire déterminée dans ses propres limites l’évaluation statistique permet de comprendre d’autres aspects du fonctionnement et de l’activité d’une institution. La question de l’évaluation peut se penser ainsi sur 2 niveaux :
1/ La nature objective ou subjective n’est pas le problème : la première question à se poser : quel but elle sert ? quelle est sa véritable fin ? si elle sert un pouvoir, lequel ?
2/ La seconde question est de savoir si les critères sont pertinents par rapport à l’objet. Sont ils ad hoc ?
3/ Enfin au final qu’est qu’on évalue vraiment ?
Par exemple lorsqu’une évaluation sert une logique du surveiller et punir, avec un système de récompense et de punition, avec des critères contestables et non adaptés (ce qui est toujours le cas lorsque ces critères servent de telles fins), nous rentrons dans une perversion agonistique où chacun lutte pour sa survie : en un mot c’est destructeur
Plus précisément, les critères chiffrables et quantifiables peuvent-ils rendre compte de la qualité d’un objet ? Une pensée est-elle quantifiable ? un humain est- il quantifiable ? une pratique clinique est-elle quantifiable ? Il me semble que ce soit difficile.
On peut quantifier certains attributs mais ce qui est chiffré c’est un des attribut et non pas l’objet. dans ce cas se pose la question de ce que ça signifie. Finalement qu’est-ce que les chiffres disent vraiment ? De plus, une évaluation ne doit pas se limiter aux chiffres sans une réflexion et un argumentaire qui les encadrent.
En effet il faut rester vigilant car une certaine perspective du chiffre est idéologique et ceci selon 2 axes :
Ce premier axe est davantage lié à l’idée de quantités et de grandeurs que les chiffres peuvent rendre compte (mais pas uniquement) : c’est cet a priori qui fait penser que le toujours plus c’est le toujours mieux ou encore que le progrès c’est nécessairement produire ou montrer plus. Nous sommes ici dans un mouvement d’accumulation. On peut se demander pourquoi toujours accumuler ? Pour nous protéger de quelle angoisse ?
L’autre axe correspond à la prétention que tout est chiffrable que ce soit nos pensées ou la réalité extérieure. Rien ne dépasserait la réalité des chiffres que nous avons créé. Ainsi il nous serait possible de tout voir, tout lire et tout comprendre. Ici l’idée est de maitriser à un tel degré, que ça en devient déraisonnable, illusoire et donc vain.
Ainsi si l’évaluation se définit bien, qu’elle laisse les chiffres à sa juste place, elle restera un outil précieux pour toutes institutions. Si une évaluation dit des choses, elle ne dit pas tout et ne doit pas être considérée comme le seul et unique révélateur de la Vérité.
Pour compléter cette réflexion vous pouvez écouter cette émission de France Culture à propos de l’évaluation universitaire: >> écouter l’émission






5 Réponses à “La question de l’évaluation”
Ah ! J’ai lancé l’écoute de l’émission mais j’ai trop de travail pour me permettre de suivre ça jusqu’au bout ! (je reste malgré tout dans le sujet des évaluations universitaires, mais d’une autre sorte !^^)
Effectivement, une démarche objectivante à tout prix pourrait relever d’un certain besoin “contrôlitariste” de l’environnement, et comme tu le dis, savoir à quelles fins et qu’est-ce qui est évalué est essentiel pour comprendre les chiffres. A quoi sont-ils associés ?
Cela dit ta remarque sur l’évaluation pour surveiller et punir m’a fait penser aux évaluations tels que les examens (à la fac par exemple. hi hi, c’est fou comme l’on pense le monde à partir de soi!) Pourtant, il ne s’agit pas a priori de surveiller et de punir, mais ça semble relativement proche: récompense pour ceux qui produisent un chiffre assez haut, et absence de récompense pour les autres (punition?). Les bonnes notes n’ont cette importance que pour ce qu’elles permettent, accéder au niveau supérieur. Mais elles sont si limitées ! Une note, c’est souvent le produit d’une évaluation subjective sur une question donnée abordant un sujet donné dont la réponse a été produite à un moment donné dans des conditions données. (phrase lourde, désolée!elle est censée appuyer la “relativité” de ce qu’une note indique). Mais on agit à partir de ce chiffre comme s’il était représentatif d’un ensemble. Même si je l’admets comme tout un chacun, je trouve ça relativement curieux au fond.
je sais pas si on peut comparer la notation d’examen à un système de contrôle et de maitrise qui tend à éliminer ce qui gène une idéologie. On surveille et punit toujours dans l’idée de dénoncer et d’écarter ce qui insulte la norme par sa différence. C’est en gros cette logique de l’évaluation qui dans le champs de la psychiatrie pose problème : le “on ne veut pas des fous dans notre société, justifiant cette posture par des chiffres” est en fait le cœur de la logique de surveiller et punir dont je parle. C’est aussi ce que combat le collectif de la nuit sécuritaire. Donc dans cet exemple c’est une fin idéologique avec des critères contestables qui corrompt l’évaluation.
L’examen lui tendrait plus à utiliser un outil (qu’on peut critiquer quant à la pertinence des critères)à s’assurer des connaissances de l’étudiant après on pourra dire que l’étudiant se souviendra juste le temps de l’épreuve (et c’est courant).
sinon bonne chance pour les exams, mémoire etc.
Plus le temps passe, plus je me dis que le probleme de l’évaluation tient surtout à la dimension individuelle de l’évaluation.
Evaluer un groupe (qu’il s’agisse d’une fac d’une equipe de psy ou d’une equipe de vendeur) cela peut être crétin mais cela n’attaque pas les liens et les solidarités qui existent au sein du groupe. L’évaluation individuelle, par contre, va permette de casser toute logique d’entraide et les remplacer par de l’émulation ou de la concurrence dont les conséquences sur la santé des employés (stress..) n’auront pas à être payé par l’entreprise ou l’institution..
Ce que tu décris c’est exactement l’une des grandes stratégies de servitudes qu’utilise google chez ses employés où chacun note l’autre ! Oo
cf le reportage dont je parlais ici : http://www.jcdardart.fr/2009/04/13/lillusion-groupale-chez-google/