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Morale et économie : la question de l’angoisse

Posté le 15 novembre 2009 – 23 h 02 min | par J-C Dardart |

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En regardant le débat sur le salaire des footballeurs dans on est pas couché (émission du 14 novembre 2009) , je fus frappé par un type d’argumentaire très représentatif de notre société actuelle. En effet, lorsqu’à propos de la somme d’un transfert Eric Zemmour déclare être choqué, un invité lui répond par un argument extrêmement courant : “oui mais c’est rien par rapport à la somme perçu par le club et autres grâce à lui”. J’en conviens ceci est tout à fait juste mais là n’est pas la question. Justement, la question se recentre par la réponse du journaliste : “oui mais c’est pas morale”. Nous assistons là dans ce malentendu à une confusion entre ce qui est morale et ce qui est économiquement compréhensible et cohérent.

Je parle de malentendu car sur le plan de la morale le débat devrait porter sur ce qui légitime de tels revenus. Autrement dit, “y a t-il une limite de gains qui frôlerait l’indécente ?”, “s’il y a mérite qui le mérite ?” etc. Plus précisément, “doit-on exposer autant de richesse pour une personne unique quand d’autres en manque cruellement ?”. Car, oui, le problème n’est pas tant que le joueur gagne autant, que la façon dont ceci est mis en avant pour mettre en exergue son palmarès. Ici une valeur sportive est quantifiée en terme de monnaies : c’est pratique ça se mesure, ça se quantifie.

La morale renvoie à ce qui doit et peut être fait par rapport à une conduite vis à vis des autres, de soi et de l’idéal. en d’autres termes, elle touche à la façon dont on considère l’autre dans une idée de respect tout en déterminant la façon dont on peut se regarder en face. La morale est une sorte de contrat, non chiffrable et comparable qui régit une paix avec les autres. Elle est constitués de lois pas forcément écrites qu’on nomme valeur : le courage, l’abnégation, l’honnêteté, le magnanisme etc. Or ce qui dans notre société est mis de plus en plus en avant comme valeur dépassant les autres c’est l’argent. Cependant la valeur “argent” n’est que l’illustration d’une idéologie de chiffre, du dénombrement, notamment en terme de accumulation, de toujours plus. En un mot notre société souffre de collectionnite aigüe.

Pour autant, l’homme n’est pas devenu un être immonde, sans fois ni loi. Tout simplement, il a besoin de ce sentiment d’accumulation car elle est le rempart contre une angoisse assez grande. Freud nous disait que «L’accumulation met fin à l’impression de hasard». Et il s’agit bien de cela, en proie à un reversement d’anciens repères, d’une inquiétude quant à la fin, de l’avenir, de l’énigme du sens de sa vie, l’homme se demande ce qui lui est permis d’espérer. Jusqu’à présent la question de l’espoir et du sens de la vie trouvait réponse dans la religion ou dans des systèmes idéologiques qui promettaient des lendemains meilleurs si l’on se sacrifiait suffisamment aujourd’hui. Cet équivalent entre ce qu’on sacrifie et une fin heureuse (le paradis pour la religion catholique, la fin de l’histoire pour le communisme) est très ancien. En se disant qu’en faisant ceci ou cela tout se passera bien à la fin, l’on s’assure de la non absurdité de l’existence et que notre mort ne sera pas terrible car notre vie servira pour l’après. Et le hasard c’est ce Réel qui frappe d’un couperet implacable de façon inattendue. Or quoi de plus implacable que la mort ? nulle maitrise possible, nulle négociation n’est autorisé. En vérité, il n’y a pas plus Réel que la mort.

L’espoir représenterait alors, ce qui de ce Réel angoissant, reste et demeure au delà de nous : nos enfants, l’utopie, le paradis. Dans une société où c’est justement le sentiment d’espoir qui est remis en cause, ce qui reste c’est l’accumulation, la consommation et l’objectivité du chiffre : tout ceci niant la hasard donc la mort. Face à l’angoisse de la mort, qui touche donc au sentiment de réalité de notre existence, les additions assureraient ce sentiment de continuité d’être et nieraient la mort car accumuler et additionner c’est “toujours plus”. Si quelque chose est “toujours plus” il ne perd pas, il continue etc. Bref, il est éternel.

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  1. 12 Réponses à “Morale et économie : la question de l’angoisse”

  2. Par Jesuisberlu le 18 nov 2009 | Répondre

    Les débats autour de l’argent que touche les sportifs de haut niveau, et en France, les footballeurs sont souvent très éloignés de la morale et de l’éthique. Il y a des salaires indécents mais il paraît que c’est le prix à payer pour que le peuple puisse sortir de sa morosité, a chaque but. Pour ce qui est de la mort c’est très intéressant quand on sait que sportifs de haut niveau meurent souvent plus jeunes. La encore, le prix à payer ?

  3. Par J-C Dardart le 19 nov 2009 | Répondre

    En effet la dimension sacrificiel que tu souligne prends tout son sens notamment lorsqu’on pense à l’un de leurs ancêtres : Les gladiateurs !

  4. Par Jesuisberlu le 20 nov 2009 | Répondre

    Panem et circens ^^

  5. Par Jack_Addi le 24 nov 2009 | Répondre

    Moi ce qui me chiffonne dans tout ça, c’est que l’on puisse faire une telle manne financière d’un sport, c’est à dire d’une activité physique dont le plaisir A LE PRATIQUER devrait être une fin en soi (Cf Coubertin qui a posé qu’en principe le but du jeu c’est… de participer)…

    Droits de retransmission télévisuels, produits dérivés, place dans les stades, sponsoring publicitaire… Sans parler du salaire des sportifs de “haut niveau” qui même officiellement amateurs dans certains sports, se font des fortunes ahurissantes…

    Ce qui ne cesse de m’étonner, c’est de voir ces enfants et ces adultes devenant obèses, avachis dans leur canapés à se goinfrer et qui ne manqueraient pas une seule retransmission d’un sport qu’ils ne sont déjà plus en mesure de pouvoir pratiquer de façon sérieuse tant leurs corps se sont déjà abîmés à ne plus bouger…

    Si certains sportifs vivent si bien du sport (et en meurrent plus jeunes, le corps détruit par les produits pris pour améliorer les performances), n’est-ce pas en grande partie grâce à ceux qui prennent plus de plaisir à “regarder” qu’à “faire”… Et qui offrent du “cerveau disponible” aux publicitaires.

    En effet… On ne cesse de constater que nos contemporains sont de plus en plus menacés par le surpoids et de plus en plus sédentaires… Que les enfants sont de plus en plus souvent menacés par l’obésité, et que chaque année, ils passent encore plus de temps que l’année précédente devant des écrans…

    Par analogie on pourrait même se demander si le boum de la pornographie ne serait pas en lien avec le fait qu’on “regarde plus qu’on ne fait”… L’augmentation du nombre de célibataires (qui ne s’éclatent peut être pas autant qu’on veut bien le dire tous les week-ends d’ailleurs… car ils ne sont pas tous jeunes, beaux et plein aux as comme dans une série TV) est-elle a mettre en corrélation ?

    Enfin bref… Jetez vos télés et achetez vous des baskets ! Brisez vos écrans et prenez votre vélo ! Arrêtez de fantasmer sur des images retouchées de femmes/hommes refaits de partout, et commencez donc à dire bonjour à votre voisin/voisine célibataire du 5ème Gauche dont le physique moyen cache peut-être des trésors d’originalité !

    Bref… Acceptons donc de relier un peu plus le Réel de l’autre ou de notre propre corps au Symbolique et à un peu d’Imaginaire… Au lieu de céder à cette invitation/assignation que notre société de médias et de gros sous nous fait en espérant nous voir nous contenter d’un Imaginaire qui à force de se couper du Réel entraîne le délitement du Symbolique et donc du lien social… Délitement ô combien rentable pour leurs affaires et pour celle des vendeurs de peurs sécuritaires !

    Parce que oui… Derrière le salaire ahurissant des sportifs, ce n’est pas simplement un scandale moral qui se pose sur les inégalités économiques…

    C’est certe une abération… Mais une abération symptomatique de la passivation d’un sujet aliéné par l’image et dépossédé peu à peu de l’expérience du Réel de son corps propre, assigné à la fonction de simple agent de consommation… devant consommer du rêve (parce que la réalité du produit est toujours décevante)… Et ne plus rien vivre d’autre.

  6. Par J-C Dardart le 26 nov 2009 | Répondre

    En effet, les pb d’obésité chez les jeunes et au top 3 des soucis de santé des jeunes : avec la dépression et le pb de soins dentaires (selon le bilan du forum santé jeune du ministère de la santé qui s’est déroulé y a quelques semaines)

    En 4 ème position arrive les Tentatives de suicides. Et bien sûr ces pb sont nettement plus accentués chez les jeunes les plus pauvres et en insertion. L’obésité notamment touche beaucoup plus les plus démunis.

    Je ne pense pas que l’obésité soit juste de manque de sport : car d’une part la nourriture la moins chère est souvent saturé de gras et de sel au détriment des autres éléments nutritifs et de l’autre il y a le fameux manque de temps/pas envie de cuisiner : par exemple un macdo : menu moyen (frite moyenne, coca moyen, hamburger type big mac) c’est 2100 calories. Sachant qu’un homme de constitution moyenne et adulte (non sportif) a besoin pour être en forme de 2500 calories. Un seul repas faisant presque l’equivalent des 3 repas ! Et le pire on a fin à peine 2 heures après. Alors quelqu’un faisant même beaucoup de sports s’il va souvent au fast food …
    C’est surtout une question de mal bouffe et de quantités. Beaucoup de gens n’ayant aucune activité physique restent assez fins.

    Bien mangé (ie équilibré), en sommes, revient plus cher et demande plus de temps car à part les restos jap dur de trouver quelque chose d’équilibre dehors même dans une zone très fréquentée comme le quartier d’Opéra à paris par exemple.

    De plus le sport c’est fatiguant, et j’en sais quelque chose car je reviens de 2h de crawls ;)

  7. Par Jack_Addi le 2 déc 2009 | Répondre

    Certes Jisee… L’obésité découle davantage d’un déséquilibre entre les apports nutritionnel journaliers et les besoins métaboliques réels de l’individu… Mais… Les besoins métaboliques sont tout de même d’autant plus réduits qu’on se bouge peu, vous me l’accorderez.

    Certes, il s’agit effectivement d’une question qui touche à un véritable problème socio-économique puisque se nourrir bien coûte plus cher que de se gaver d’hydrates de carbones, de sels et de lipides cachés ou de sucres rapides…

    Mais si vous me le permettez, ce n’était pas là la sustentifique moelle de mon propos… Juste un détail d’argumentaire.

    Mon propos s’articulait davantage malgré ses circonvolutions et parenthèses, autour de la dialéctique “du faire et du regarder”, “de l’éprouvé corporel et de l’image fantasmée des corps”, ou si vous préferez, du délitement du Symbolique qui accompagne la désintrication du Réel et de l’Imaginaire dans lequel notre société se noie telle Narcisse à trop s’être penchée dessus.

    C’est plutôt de cette question que j’aurais aimé échanger avec vous.

  8. Par J-C Dardart le 2 déc 2009 | Répondre

    oui je sais bien que j’ai répondu sur un point bien précis et accessoire. En fait étant d’accord sur le reste du propos je me suis accès sur la nuance. De plus, je me suis dit que vous seriez recentrer le propos ;)

    Pour rebondir dans ce sens je préciserais que ce “voir” dominateur n’est pas un “voir” esthéthique et symbolique. Si les images peuvent être un langage et faire sens, c’est en tant que celles tiennent de la logique du signifiant.

    Le “voir” dont vous parlait et qui est du coté, il est vrai, de narcisse, et également un “voir” pulsionnelle, un “voir” en processus primaire. Je dirais qu’on peut faire l’hypothèse d’un “voir” oralisé où l’on bouffe, boit et avale de l’image dans une faim insatiable. On passerait d’une image-sens, du coté vocal à une image du coté orale, et peut-être est-ce là un lien avec l’obésité.

    On peut aisément comprendre que dans un mode aussi archaïque le “faire” porte la limite et la frustration car le “faire” peut être dur comme fer (surtout dans le sport) et faut se le faire. Bref c’est n’est pas l’affaire du processus primaire.

    Ainsi, ce n’est pas tant l’image qui pose pb en tant que tel mais son oralisation.

  9. Par Jack_Addi le 3 déc 2009 | Répondre

    Hummm… Je ne dirais pas que l’image soit une forme de langage… En revanche, elle soutient souvent l’illusion que l’on peut s’en passer. Et quand elle le fait c’est souvent en annulant les potentialités de l’équivoque du langage, donc en s’appauvrissant de toute la dimension du champ Symbolique, et du Sujet qui lui, ne s’exprime pas par l’image mais au travers des équivoques.

    Pour poursuivre votre idée « d’oralisation de l’image », je dirais que quand on avale quelque chose, sur le plan pulsionnel, cela renvoie au registre de l’incorporation… Il s’agit d’intégrer au Moi quelque chose qui n’en n’est pas. Or, depuis Lacan, nous savons bien que le Sujet n’est pas le Moi.

    Or… Ce qui se passe aujourd’hui ce n’est pas tant que les gens en passant « du faire au voir » veuillent incorporer de nouveaux éléments à leur narcissisme (comme ce qui peut se produire par exemple chez nos Djeun’s lorsqu’ils ont besoin de soutenir leur narcissisme au travers des marques de vêtements)… Mais plutôt le contraire, en ce sens qu’il me semble que les gens se font pour le coup bouffer tout crus par l’image, dans une véritable déliquescence subjective.

    Pour résumer : « Je ne suis plus quelqu’un qui aime le foot ou qui rêve de ressembler à mon joueur favori… Je suis dans l’illusion d’être ce joueur au moment où je le regarde » (NB je ne suis personnellement pas fan de foot).

    Ce que je dis là n’est pas un simple effet de manche. Parce que lorsque l’on voit le succès des jeux vidéos perfectionnés, le développement des mondes virtuels, du jeu en ligne, où les réseaux sociaux on line (alors qu’on ne dit pas bonjour à ses voisins qu’on croise en VRAI), le temps croissant que l’homme du 21ème siècle y passe, voire quand on voit également le développement des addictions à l’image… il y a bien là quelque chose qui nous fascine et nous avale là-dedans… Quelque chose qui relève d’une jouissance où le Sujet s’oublie et se retrouve hors temporalité, hors du Symbolique et du Réel.

    Et je n’ai pas l’impression que ce soit une très très bonne nouvelle…

    Et ça me navre de voir comment des fortunes se bâtissent là-dessus… Et de voir qu’une distraction puisse devenir un véritable buiseness de ce fait(pour en revenir au départ de ce sujet).

  10. Par J-C Dardart le 3 déc 2009 | Répondre

    Personnellement, je me suis toujours demandé pourquoi par exemple on trouvait plus facilement de mouvements solidaires (aide, soutien, partage etc.) sur le net qu’en dehors. Je ne crois pas que ce soit une question de temps plus court sur le net car il suffit de voir le temps pris pour aider un inconnu sur certains forums. Le proche serait-il plus angoissant que celui qui est au loin tout en étant à coté ?

    Bien sûr je suis d’accord sur l’idée d’incorporation qui prendrait place de de l’introjection. Donc une régression du point de vue génétique. Or la régression est un mécanisme de défense pour repartir du bon pied. Ainsi il y a de l’espoir du moment qu’on l’on dépasse la fixation.

    Par contre je pense que l’image peut à voir avec le langage dès lors que l’on reste dans l’image comme formation narrative et comme figurabilité. Autrement dit comme le montre freud dans sa traumdeutung des images traitées comme des mots (cf le rebut). C’est d’ailleurs comme éléments signifiants que nous travaillons avec les enfants et c’est dans l’adresse au thérapeute que l’enfant produit son dessin. Bien évidemment il y a des mots autour et à propos des dessins.
    Une image se passant du langage n’est plus une image mais juste une association de traits et couleurs. D’ailleurs, le cinéma a commencé à vraiment prendre ses lettres de noblesses lorsque Dziga Vertov avec l’homme à la caméra décida de faire un manifeste du langage du cinéma.

    Cela dit on peut sans doute faire un distinguo entre “regard” et “voir”. vous parler bel et bien du “voir”. Pourrait-on dire alors que le “voir” contrairement au regard maintient l’illusion d’être un équivalent de “faire” un peu comme dans la logique voyeuriste ?

  11. Par Jack_Addi le 3 déc 2009 | Répondre

    Jisee,

    Vous dites “la régression est un mécanisme de défense pour repartir du bon pied. Ainsi il y a de l’espoir du moment qu’on l’on dépasse la fixation.”

    Je vous trouve là bien optimiste sur ce point… Ce que vous dites peut être vrai dans la clinique INDIVIDUELLE et encore… pas forcément pour toutes les figures de la clinique, car il en est où les mécanismes régressifs ne sont pas toujours de bon aloi et se révèlent parfois moins transitoires et plus porteurs de destructuration qu’on le voudrait.

    Or, nous ne parlions pas de clinique individuelle au début de notre échange, mais plutôt d’une tentative de comprendre un phénomène plus global sur le plan social, où nous nous rendons compte que l’image devient de plus en plus prévalente et génère des effets de fascination de masse prenant le pas sur l’expérience d’une réalité où Réel, et Symbolique s’intriqueraient à un Imaginaire qui en réalité s’en détache de plus en plus dans les faits, et cela en délitant le sujet dans un cortège chaque jour plus grand de jouissances possibles.

    Vous dites aussi “Par contre je pense que l’image peut à voir avec le langage dès lors que l’on reste dans l’image comme formation narrative et comme figurabilité. Autrement dit comme le montre freud dans sa traumdeutung des images traitées comme des mots (cf le rebut). C’est d’ailleurs comme éléments signifiants que nous travaillons avec les enfants et c’est dans l’adresse au thérapeute que l’enfant produit son dessin. Bien évidemment il y a des mots autour et à propos des dessins.”

    Dans la Traumdeutung, on trouve aussi ce passage où Freud explique que ce qui est le plus important, c’est le discours du sujet sur son rêve et ses associations… Et pas l’empilage des “symboles” (le freudisme se détache du modèle d’une clef des songes). La métaphore voulant que les images du rêve soit traitées comme des mots formant une phrase sur le modèle du RéBUS (et non “rebut” – voilà un intéressant lapsus !) ne tient pas quand on sait que chaque image est le fruit de condensations, de déplacements de représentations et d’affects, et que ce sont les associations libres du LANGAGE, dans un DISCOURS autour de l’image qui permettent les effets de sens. Et puis avec Lacan nous savons bien qu’un signifiant “n’est que” matière verbale, et qu’une image n’est pas à elle seule un signifiant, représentant le sujet pour autre signifiant.

    Et d’ailleurs… Si la Traumdetung a permis à Freud de lancer les prémices de l’interprétation analytique, l’interprétation des rêves telle qu’elle y est décrite en tant qu’entreprise de décryptage méthodique ne se fait plus depuis longtemps dans les cabinets d’analystes.

    Il y a des mots autour et à propos du dessin, comme vous dites, et c’est là, dans le discours du Sujet à propos de l’image, le seul langage qui soit. Si l’image était langage à elle seule, les analystes n’auraient absolument pas besoin une seule seconde d’écouter leurs patients ni même de les voir : décrypter la production graphique serait alors suffisante… Et je vous sais trop instruit de clinique pour imaginer que vous puissez croire cela possible.

    Mais… Bon… Je veux bien comprendre que l’on peut être dérangé par ma méfiance à propos de notre “société de l’Image” et des idoles (du grec ancien qui signifie “image”) qu’elle produit, dans un contexte où bon nombre d’entreprises dites “thérapeutiques” n’ont d’autre objet que de renforcer les idéalisations de l’illusion égotique au prix d’un écrasement subjectif massif… Et où les jouissances infinies promises par un virtuel épuré des affres du Réel font florès.

    Bien à vous !

  12. Par J-C Dardart le 3 déc 2009 | Répondre

    justement je ne parle en aucun cas d’empillage de symboles car le cinéma par exemple n’est justement pas ça mais bel et bien un discours (car il y a toujours des mots qui sont cadrés par l’image qui elle même accentue d’autres choses). Les images en sommes ne sont pas séparables des mots car justement une image en appelle des commentaires et descriptions. Il y a bien évidemment des images qui imposent le silence et fascinent voir traumatisent mais ce n’est pas la majorité des images.

    Il y a de plus différente façon de dire et interpréter une image tout comme autant de manière d’en créer selon à qui l’on s’adresse. En soit le rouge n’a rien de violent dans sa construction chromatique mais l’on associe volontier le rouge à la violence par analogie avec le sang etc.

    Elles sont toujours prises comme des intentions et des sollicitations (latentes). On leur donnent existences comme fruit d’un artifice humain et en ce sens on leur donne sens on terme de “qu’à voulu dire l’auteur”. Les images ça nous parlent.
    Enfin ce que je dit c’est lorsque ça se passe à peu près bien. Après pourquoi certaines images tuent le sujet, le réduit à se taire ? je dirais que c’est dans un trop plein d’excitations.

    De plus toutes images mises en mot et sélectionnées pour en dire quelque chose. D’autres images appelleront plus de commentaires que d’autres. Elles peuvent appeler le langage car il y un lien entre les traits et l’écrit par exemple.

    Pour en revenir à la société de l’image, ce n’est pas pour rien qu’elle arrive à notre ère en remplacement d’anciennes idoles ( qui sont à la base des images)

    ps :je n’ai jamais aimé les rébus

  13. Par J-C Dardart le 5 déc 2009 | Répondre

    jack, je me suis rendu compte que je n’ai pas été clair à propos des images.Donc je reformule.

    Ce que je dis c’est qu’on peut appliquer aux images des procédés de langages. Une image peut en caher une autre, peut se faire passer pour une autre, elle peut tromper, faire croire à déssin mais en fait en déplacant le focus il en apparait une autre, on peut jouer avec la signification habituelle d’une image pour finir par la détourner pour dire autre chose. Bref, on peut jouer avec, les subvertir.

    Quand je parle d’images, je parles d’images construites et créés par un artiste. Si initialement elles prennent sources dans les imagos archaïques et fantasmatiques donc dans le pur Registre Imaginaire, il faut bien distinguer les images internes de celles qu’un créateurs va matérialiser. En sommes, les images du peintre ou du dessinateur sont fruits d’un temps de secondarisation où des processus langagiers entre en jeu.

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