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Albert Camus : Un anniversaire nauséeux

Posté le 23 novembre 2009 – 22 h 46 min | par J-C Dardart |

vautour

Cinquante ans que Camus est mort. Pour ce funeste anniversaire, ça ne sera pas pour autant la fête de l’intelligence mais au contraire la proclamation festive d’une bêtise profonde et qui ne cesse pas de se répéter : cette désespérante tentative de faire d’un homme un dieu. Plus précisément un Christ ressuscité. Tant se précipitent alors pour être un fils adoptif du fils du pauvre devenu un écrivain brillant. Si jésus, née dans une étable est devenu l’image de l’espoir occidentale. Camus, enfant du ghetto se retrouve à représenter cette nouvelle conscience du monde.

Et lorsqu’un penseur devient la caution morale de tout discours, il devient alors celui à récupérer absolument. Et ceci est d’autant plus pratique lorsque celui-ci est mort, car il ne pourra rien contredire ! Si la récupération de la présidence pour faire entrer l’auteur de l’Etranger au panthéon et ainsi en exhumer le corps peut paraitre choquant, Il n’est pas pour autant la cause unique de cette nausée.

Au contraire, telle une poussière dans un univers sans fin, cet acte de pure communication n’est rien d’autre que l’insignifiante propension à communiquer un message dépourvu de sens. Ce qui me gène au point de me nouer l’estomac c’est toute une vague d’idolâtrie de Camus : l’homme est devenu une image christique, une croix symbolisant la foi. A lire tous ses témoignages sur Camus : il n’y a point eu d’homme plus sain, généreux et humain que lui. A en faire le plus humain des humains il en devient non pas un surhumain mais un super humain : en sommes un Dieu. Diviniser un seul homme, voilà qui ne manque pas de précipiter les choses dans l’absurde car face à ces cris désespérés de tant de croyants, le mort ne peut que rester silencieux.

Qu’on ne s’y trompe pas, j’admire son œuvre au plus haut point, mais l’homme qui l’a produit je préfère le laisser à ses proches, à sa famille. Laissons-les se recueillir tranquillement. En effet, depuis quelques temps nous voyons photos, récits de vies, anecdotes etc. Ces ainsi toute une vie qui est exposée telle une star dont la vie est volée dans les journaux à potins. Albert Camus est un écrivain, un philosophe et un journaliste, pas une progéniture de la télé-réalité. Parlons de son travail magistral et ô combien profond. Restons digne quant à notre curiosité mal placée : La vie privée c’est privé !

Moi, admirateur profond et de très longue date de ce français exilé en France, de cet étranger en sa propre patrie, prend le clavier non pas pour dire mon amour de ses textes mais pour signifier mon écœurement. Nul homme ne mérite un tel sort : celui d’avoir sa propre mémoire bafouée en étant placé, une fois qu’il ne peut que se taire, en position de grand guide spirituel de notre époque.

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