Addiction : le paradoxe de la consommation
Une des pathologie dont on entend beaucoup parler depuis plusieurs années est l’Addiction. Ou devrais-je dire plutôt les addictions. Et ceci quelque soit nos convictions politiques. En effet, il y a inquiétude sociétale en un lieu qui ne manque pas d’intéresser un discours politique : car touchant à un fait de société. L’inquiétude autour des addictions plus que de révéler quelque chose du sujet addicte, serait, à l’inverse, le signe d’un dysfonctionnement que le sujet dépendant viendrait, en le grossissant, révéler. Autrement dit, l’emballement anxieux autour des addictions viendrait designer un aspect morbide de notre système.
Le propos de cet article n’est en aucun cas une négation de l’aspect pathologique de l’addiction et encore moins de dénier la nécessité d’une psychothérapie lorsqu’une telle organisation psychique se met en place mais davantage de souligner et de rappeler qu’une société ne s’angoisse pas de telle pathologie par hasard. Si l’addiction peut être comprise comme une pathologie de la consommation, d’une dépendance incontrôlable, devenue déraisonnable où le sujet viendrait se perdre dans la surconsommation jusqu’à l’overdose, c’est à dire la mort, il peut paraitre alors étonnant de constater que c’est surtout dans une société dont le modèle économique est la consommation croissante et sans limite, que justement l’addiction à un tel succès dans les inquiétudes de beaucoup. S’agirait-il alors d’une contradiction ?
La réponse est non. Il s’agit d’un paradoxe, c’est à dire une contradiction apparente qui met en lumière en réalité une interaction cohérente. En effet il y aurait comme un effet de miroir entre la pathologie d’un sujet qui s’anéantirait dans un appétit vorace pour un produit et une société devenant malade à force de consommer et d’épuiser les ressources naturelles de notre planète. L’addiction pouvant ainsi raviver une angoisse de fin du monde, angoisse qui a toujours existé sous différentes formes (punitions divines, attaques démoniaques etc.), c’est alors une porte ouverte à des délires sur-interprétatifs, c’est à dire voir des signes apocalyptiques un peu partout. On en viendrait à voir de l’addiction à tout dès lors qu’il y a compulsion et passion ou juste répétition.
Et l’absurdité qui est le reliquat de cette angoisse de mort, peut prendre dès lors de multiples formes : si manger des cacahuètes peut vite devenir compulsif, il y aurait donc une addiction à la cacahuète ou encore un passionné de théâtre est un toxicomane de la scène. Pire encore, ceux qui répéteraient une erreur seraient accroc à cette erreur. Dans cette dernière perspective la répétition ne serait plus, comme l’avait considérait Lacan, deux signifiants qui ne se rencontrent pas, mais juste une question de dépendance. En d’autres termes une vision symbolique de l’individu gommée par une dimension purement alimentaire et organique, inféodée au registre du besoin. Si tout est question de besoin qu’en est-il alors du désir ?
Derrière le discours sur les addictions on peut trouver une mise à mal du Désir, tel que l’avait définie Lacan, à savoir le Désir est causé par un manque. Et c’est ce manque qui fait que le sujet désire. Et chez Lacan il y a de sujet que désirant. En sommes sans Désir, pas de subjectivité. Tout à la fois nous sommes dans une société qui ne supporte pas le manque, nous ne voulons pas manquer, nous voulons que nos enfants manquent de rien, tout en désignant une maladie où le manque est le plus évité. Tout ceci revenant à substituer la question “qu’est-ce que je désire ? (donc où est-ce que je manque ?)” par “comment bien consommer ?“. Comprenons donc les choses de cette manière : plutôt que de se demander comment éviter la mort (par la question de la consommation), concentrons-nous sur comment vivre, c’est à dire, que désirons-nous ? Question, je vous le concède diablement plus difficile.







2 Réponses à “Addiction : le paradoxe de la consommation”
La croissance ! Pourquoi la croissance ?
Les politiques de droite comme de gauche n’ont que ce mot là à la bouche.
Et si ce n’était pas la panacée ?
Travailler plus pour gagner plus ?
Gagner plus pour acheter ! Acheter ! Acheter plus !
Consommer ! Consommer ! Pourquoi faire ?
Pour gaspiller encore plus, à la mode étasunienne ?
Pour courir même le week-end ?
Le problème, c’est que les valeurs actuelles sont systémiques : elles sont suscitées et stimulées par le système et, en retour, elles contribuent à le renforcer. Certes, le choix d’une éthique personnelle différente, comme la simplicité volontaire, peut infléchir la tendance et saper les bases imaginaires du système, mais, sans une remise en cause radicale de celui-ci, le changement risque d’être limité.
Alors que l’altruisme devrait prendre le pas sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir sur l’obsession du travail, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le goût de la belle ouvrage sur l’efficience productiviste, le raisonnable sur le rationnel, etc.
Vaste et utopique programme, dira-t-on ? La transition est-elle possible sans révolution violente, ou, plus exactement, la révolution mentale nécessaire peut-elle se faire sans violence sociale ?
La limitation drastique des atteintes à l’environnement, et donc de la production de valeurs d’échange incorporées dans des supports matériels physiques, n’implique pas nécessairement une limitation de la production de valeurs d’usage à travers des produits immatériels. Ceux-ci, au moins pour partie, peuvent conserver une forme marchande.
Toutefois, si le marché et le profit peuvent persister comme incitateurs, ils ne peuvent plus être les fondements du système. On peut concevoir des mesures progressives constituant des étapes, mais il est impossible de dire si elles seront acceptées passivement par les « privilégiés » qui en seraient victimes, ni par les actuelles victimes du système, qui sont mentalement ou physiquement droguées par lui.
Cependant, l’inquiétante canicule 2003 en Europe du Sud-ouest, les ressentes inondations et maintenant la marée noire feront beaucoup plus que tout argument pour convaincre de la nécessité de s’orienter vers une société de décroissance.
Pour réaliser la nécessaire décolonisation de l’imaginaire consumériste, on peut à l’avenir très largement compter sur la pédagogie des catastrophes.
Et puis, comme le chantait mon maitre Serge Gainsbourg et son pote Michel Simon, il y a déjà bien longtemps :
« ♫.♪♫ o ♫ Pour faire de vieux os, faut y aller mollo, pas abuser de rien pour aller loin. Pas se casser le cul, savoir ce fendre de quelques baisers tendres sous un coin de ciel bleu … ♪♫♫♪♫ ° ♫◦ »
Oui, même si’ à première vue, elle parait être un concept de riches ou de nantis, l’idée de travailler moins pour vivre mieux me plait.
D’ailleurs, je travaille à 80% (c.à.d. 28 heures / semaine) depuis 5 ans, par choix et … sans complex
Merci Phase 3 pour ce long commentaire qui est en fait un copié-collé de l’un de tes articles. Ce qui je le crains n’est peut-être pas bon niveau référencement. Google pénalisant le duplicate content :p
La révolte consisterait dans le propos de mon article de davantage se poser la question de nos désirs, plutôt que de savoir s’il faut consommer plus ou consommer moins. En sommes, avant de se poser la question de la juste quantité, nous devrions nous demander ce que nous accomplissons d’intéressant dans tel “besoin”.