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La Télé ça nous regarde : l’autorité de l’animateur ?

Posté le 19 juin 2010 – 17 h 57 min | par J-C Dardart |

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Lors d’une émission d’Arrêt sur images sur le sinistrement célèbre “jeu de la mort” (>voir l’extrait pour les non-abonnés), Daniel Schneidermann pose la question de savoir de quelle autorité s’agit-il lorsqu’on le parle de l’autorité de l’animateur de télévision sur son plateau. S’exercerait-elle, sur les candidats, sur le public en plateau ou sur le téléspectateur de la même manière ? A-t-on affaire au même dispositif pour chacun d’eux? En effet, le journaliste pose ici une question de fond sur le fonctionnement du dispositif : Télé-Animateur-Candidat-public-téléspectateur. Pour notre part nous nous intéresserons à ce qui se passe au niveau du public et des téléspectateurs.

Il est intéressant de noter que dans les émissions à succès, une voix off ou l’animateur s’adresse directement à nous (”ne zappez pas”, “vous allez voir que …”) etc. Cette boite à image qui nous parle, s’adresse à nous, nous regarde tout autant que nous la regardons. Si cela est vrai pour toutes images, notre regard sur une image se définit en tant qu’on lui suppose un regard sur nous même, autrement dit une image est toujours dans un jeu de miroir avec ce qui la regarde, c’est d’autant plus le cas avec la télévision.

Pour comprendre cela, il faut revenir au stade du miroir de Lacan. C’est en 1953 dans “le stade du miroir dans la construction du je” (in les Ecrits. I, SEUIL), que Lacan analyse l’expérience du jeune enfant devant son reflet. Nous allons évoquer certains de ces points principaux. L’enfant voit dans le miroir une première image unifié de lui-même, alors même que l’expérience de ses sensations internes lui indique plutôt une image du corps morcelé. Sur le plan de l’identification, quelque chose de primordial se produit : l’enfant se voit comme un tout avant même d’en avoir la sensation. Ainsi, il s’identifie par anticipation à une image idéalisée de lui-même. D’ailleurs, il se voit plus grand qu’il n’est en réalité.

L’autre point essentiel est que la mère; par exemple, authentifie cette découverte en lui disant que c’est lui qui est reflété. Elle met ainsi des mots sur cette expérience qui sinon ne prendrait pas sens. Elle le rassure sur le fait que c’est un reflet de lui-même, et non pas un étranger.

Nous avons ainsi 3 éléments : l’enfant, la mère, le reflet de l’enfant dans le miroir. Précisons maintenant quelques points :

  • L’enfant voyant son reflet, en portant donc son regard vers lui, voit le reflet de ce regard.
  • D’une certaine façon se voyant en train de regarder, c’est comme si le reflet le regardait aussi.
  • En effet, le reflet est à la fois extérieur et étranger, mais en même temps, c’est le reflet de soi-même : c’est en quelques mots, un autre soi-même.

Si nous partons du principe que l’image du miroir est l’un des principaux prototypes de toutes autres images, nous comprenons aisément pourquoi une image nous regarde aussi. De plus, il est important de souligner, que la mère (puisque nous avons pris son exemple) fait partie intégrante de ce dispositif optique. En effet, elle aussi, assiste au spectacle avec l’enfant. Ce moment, ils le partagent ensemble. Serge Tisseron dans Psychanalyse de l’image, fait découler la plaisir de la salle de cinéma de l’illusion qui s’opère de partager une même image : ce qu’il nomme “L’illusion de l’image partagée”. Nous pouvons faire ici l’hypothèse que se rejoue, à ce moment là, le partage entre la mère et son enfant face au reflet de ce dernier. Mais ce n’est pas tout. Quand nous disions plus haut que la mère faisait partie intégrante du dispositif optique du stade du miroir, c’était aussi pour signifier que le reflet de celle-ci était également présent dans la miroir. Du coup, l’enfant regarde le reflet de sa mère mais son propre reflet à lui aussi.

Si nous sommes passés par une explication un peu longue du “stade du miroir”, c’est parce que, tout simplement, le dispositif “animateur-public-téléspectateur” est proche de celui du miroir.

L’animateur s’adresse au spectateur, il met des mots sur ce qu’il va vivre et ressentir. Le spectateur voit aussi le regard de l’animateur le regardant à travers la caméra. Mais il voit également l’animateur regarder le public et ce dernier regarder l’animateur. De plus le jeu des caméras est fait de manière à ce que le téléspectateur voit ce public regarder l’animateur et le plateau mais aussi la caméra. Du coup des jeux de regards se font par moment entre le public et le spectateur. Cet échange de regards ne se fait que du coté du télé-spectateur, ce spectateur à distance, car le public ne voit pas le téléspectateur, à moins qu’il suppose et projette le regard du téléspectateur vers lui. Ce qu’il faut comprendre c’est que le public a ici une fonction de reflet pour le téléspectateur.

En outre, les gens du public sont souvent choisis selon des critères de beautés par exemple et surtout il a les bonnes réactions (c’est à dire celles qui sont attendus) au bon moment (car un membre de l’équipe du plateau lui indique). Ce spectateur idéal qui est comme le téléspectateur mais en plus beau, plus en harmonie avec le plateau) et l’animateur), est ce reflet de l’enfant dans le miroir qui est lui en mieux du point de vue de l’image. En effet, rappelons que lors du stade du miroir, le jeune enfant encore nourrisson fait une expérience d’anticipation. Il se voit comme un tout avant même que son vécu corporel soit unifié. Ce qu’il voit annoncé par la mère comme étant son reflet est forcément de l’ordre de l’idéal car il se voit comme un tout, sensation que ses perceptions internes lui donneront qu’à un stade d’acquisition supérieur et ultérieur.

Mais alors pourquoi parler de ce qui se joue entre le téléspectateur et le public pour décrypter l’autorité de l’animateur, me direz-vous ? Certains l’auront certainement déjà deviné : l’animateur jouit d’une place parentale, il est la mère du stade du miroir, plus précisément ce que Lacan appelle grand Autre. Une façon de définir le grand Autre est de dire que c’est l’instance qui nomme, donne sens, les mots qualifiant et authentifiant l’expérience du miroir viennent de lui. Ainsi l’animateur bien plus qu’un chef d’orchestre, est celui qui met un mot, ordonne, nomme ce que le téléspectateur ressent et vit. Et ce qui lui permet d’être plus facilement mis à cette place c’est le reflet du téléspectateur que représente le public. En effet, ce dernier servant la cause de l’animateur, indique ce que doit ressentir le téléspectateur et ceci mieux que lui car il est justement son reflet idéalisé.

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