Le blog de J-C Dardart

La psychanalyse est une lecture pas une Vérité

Jouissance et capitalisme. Des mort-vivants entre psychanalyse et économie politique II

Rédigé par J-C Dardart Aucun commentaire

Si la pulsion de mort est plus évidente avec les travaux de Keynes, la question de la jouissance chez Lacan sera plus adéquate avec Marx. Dans cet article revenons à Marx. La jouissance permettra de comprendre cette faim sans fin car elle n'est justement pas une satisfaction pulsionnelle. Vous avez vu dans l’article précédent comment le paiement (la satisfaction) est remis à plus tard dans la circulation de la monnaie. Cette boucle qui part de l'angoisse de mort et de manquer, c'est la jouissance. Elle s'articule chez Lacan avec une compensation (plus de jouir) d'une perte croissante et certaine de Jouissance (moins de jouir). Pour lui c’est de l’entropie tout simplement. Ainsi, le capitalisme répondrait à cette angoisse de manquer, à cette entropie dans la jouissance par un système qui vise une abondance sans faille et sans perte. A une économie angoissante de la rareté, la capitalisme répond par une jouissante politique de l'abondance.

La jouissance et le capitalisme chez Lacan : L’envers de la psychanalyse

Thanatos nous mène tout droit à Lacan car « Le chemin vers la mort n'est rien d'autre que ce qui s'appelle la jouissance (p.18 in Lacan. J. L’envers de la psychanalyse)» En effet, ce qui se décrivait en toile de fond depuis le début de l’article précédent, c'était la notion de jouissance :

ce qui nous intéresse en tant que répétition, et qui s'inscrit dans la dialectique de la jouissance, est proprement ce qui va contre la vie.(p.51)

En réalité, ce qui se répète c'est une perte : « Freud insiste - dans la répétition même, il y a déperdition de jouissance (p.51». C'est dans cette place de la répétition qui est perte que se place un objet perdu, que Lacan nomme « objet a ». Pour lui ce n'est pas autre chose que de l'entropie :

En fait, c'est seulement dans cet effet, d'entropie, dans cette déperdition, que la jouissance prend statut, qu'elle s'indique. Voilà pourquoi je l'ai introduite d'abord du terme de Merhlust, plus de jouir. C'est justement d'être aperçu dans la dimension de la perte - quelque chose nécessite à compenser, si je puis dire, ce qui est d'abord nombre négatif [...]. C'est seulement la dimension de l'entropie qui fait prendre corps à ceci, qu'il y a un plus de jouir à récupérer. p.56

Le terme merhlust fait directement référence à merhwert (plus-value, survaleur), Lacan rattachant par là cette jouissance au champs de l'exploitation chez Marx. Suffixe « merh » qu’on retrouve dans le champs lexicale de surtravail (mehrarbreit) et surproduit (mehrprodukt)  : tout ce qui est de l'ordre d'un toujours plus engendré par l'exploitation du temps de travail et donc du travailleur. D’ailleurs, Lacan ne s'y trompe pas lorsqu'il rattache la jouissance au savoir. En effet, dans ce séminaire le savoir (S2) est d'abord le savoir qui est exploité par le maître chez l'esclave. Le savoir est du coté de cet exploité qui produit du plus-de-jouir pour le maître :

Ce savoir est moyen de jouissance. Et je le répète, quand il travaille, ce qu'il produit, c'est de l'entropie. Cette entropie, ce point de perte, c'est le seul point, le seul point régulier par où nous ayons accès à ce qu'il en est de la jouissance. p.57

Cette production de perte nécessite alors, pour la compenser, que de l'exploitation supplémentaire soit mise en œuvre comme plus-de-jouir ou merhlust. Lacan décrit là le discours du maître qui est à ce moment là le discours qu'on peut faire correspondre à ce qu'il se joue entre le maître et l'esclave. Dans le capitalisme on va trouver une évolution de ceci où c'est de la survaleur (plus-value, merhwert) qui est à la place du plus-de-jouir. Lacan choisi délibérément de rattacher le plus-de-jouir (merhlust) dans le champs marxien car la plus-value (survaleur, merhwert) est aussi une compensation. En effet la question de la perte de jouissance est analogue à ce que Marx décrit comme une nécessité du mode de production capitaliste, à savoir, une perte qu'il nomme « perte tendancielle du taux de profit ». Perte qui pousse pour la compenser à augmenter la survaleur donc l'exploitation des travailleurs.

Nous ne sommes pas encore dans une identification entre merhwert et merhlust dans le cas du maître et dont le capitaliste est une évolution. Avant le capitalisme disons moderne pour le dire vite, Il y avait même une opposition entre merhlust et merhwert. Pour produire la survaleur et donc cumuler le thésauriseur devait renoncer à la jouissance. C'est la fameuse opposition entre "pulsion d’enrichissement et pulsion d'accumulation" chez Marx et qui se résout dans la capitalisme moderne par le fait que le renoncement c'est le travailleur uniquement qui va le vivre. Ainsi merhwert et merhlust peuvent correspondre. Mais au delà de ça il y a dans ce capitalisme une jouissance propre à cumuler en tant que tel. En effet, le maître renonce à la jouissance pour que « tout marche, c'est à dire donne l'ordre (p.123)». Ce qu'il y perd de jouissance doit lui être rendu sous forme de mehrlust. en fondant le capitalisme il comptabilise ce plus-jouir qui devient alors un nombre abstrait, calculable et cumulable  : il en fait la plus-value. C'est ce qui échappe à Marx que la « Plus-value, c'est le plus de jouir (p.123)»

Maintenant que cette machine à plus-de-jouir ,qu’est le capitalisme, fonctionne au nom de la jouissance ,il est aisé de comprendre en quoi elle tend vers la mort. En effet, C’est inhérent à la jouissance :

Ça commence à la chatouille et ça finit par la flambée à l'essence. Ça, c'est toujours la jouissance. p.83.

Lacan précise ensuite (p.88) que la jouissance est du coté du déplaisir (augmentation de la tension) et s'oppose au principe de plaisir (par la satisfaction abaissement des excitations), c'est ce principe qui empêche que ça flambe. Ainsi le pulsion d’enrichissement de Marx, liée à l'accumulation, c'est en fait la jouissance. On comprend alors pourquoi l’accumulation de survaleur (plus-value) dans la machine capitaliste a intérêt à nous insatisfaire pour demander plus. Le leurre des biens de consommations est une ronde qui aménage un manque pour une insatisfaction constante. Le principe pulsionnel de plaisir serait l’équivalent d’un paiement alors que la ronde de la jouissance serait du coté de la circulation qui remet toujours à plus tard. Mais c’est justement ce qui nous consume. Lacan fera un pas supplémentaire quelques temps plus tard en proposant en plus des 4 discours (du Maitre, de l’Universitaire, de l’Hystérique et de l’Analyste) présentés dans L’envers de la psychanalyse, un cinquième discours : le discours capitaliste.

Le sujet scindé, conséquence du discours capitaliste : L’étrange cas du Docteur Jeckill et Mister Hyde

Dans Lacan, passeur de Marx. L'invention du symptôme Pierre Bruno montre que « l'incidence du discours capitaliste, dans la mesure où il rejette la castration est de masquer a fortiori la division du sujet (p58). ». Précisément, le discours capitaliste va produire un sujet scindé, c’est à dire, une scission et non pas une division, entre le sujet et le savoir inconscient. Il prend l'exemple qu'il détaille de L'etrange cas du Docteur Jeckill et Mister Hyde de R. L. Stevenson pour nous illustrer ce que cela signifie. Dans ce roman ils sont scindé car Docteur Jeckill a voulu éliminer le mal en lui donc ce qui le divisait entre le bien et le mal comme tout à chacun, avec une formule qui a créé un être incarnant tout son mal : Mister Hyde.

Mais quel est rapport avec la jouissance ? En fait, la pulsion et l'inconscient, précisément le savoir de l'inconscient sont scindés. Hyde serait la pulsion sans le savoir inconscient et Jeckill serait cet inconscient sans la pulsion, . C'est pour Pierre Bruno l'effet du discours du capitaliste qui lève la barrière de la jouissance. A la différence de la division, le discours capitaliste crée « un sujet coupé de son inconscient (p.64) » où précisément :

L’accès à l'inconscient est radicalement fermé parce que la barrière de la jouissance a été levée. L'inconscient va ainsi, comme on dit, jouer perso. Si l'inconscient est en S2 (ndlr, c'est à dire le savoir inconscient) comme Jekyll (ndlr, car il est un savant), cela veut dire que contrairement aux idées psychanalytiques reçues qui font de Hyde l'inconscient de Jeckyll, c'est Jeckyll qui est l'inconscient de Hyde. C'est parce que Jekyll est l'inconscient et que cet inconscient est, de par la structure du discours capitaliste fermé, que Hyde n'est pas l'inconscient, mais la pulsion. (p.64)

Si ceci peut étonner, et je le fus à ma première lecture, il faut garder en tête que Freud distingue le fait d'être inconscient du Ça qui est l'instance de la pulsion. Autrement dit, dans l'Inconscient, il n'y a pas que de la pulsion. Si le sujet dans le discours capitaliste devient de la pulsion sans inconscient, peut-on dire que l'inconscient s'est fait ex-prorier sa pulsion comme le prolétaire l'est avec les moyens de productions ? La pulsion nous appartiendrait plus. Elle commanderait alors au nom d'autre chose qui est justement ce qui est produit : du plus-de-jouir. Dans le cas du discours capitaliste cela signifie de l'argent, ou plus exactement l'argent produit en supplément par l'exploitation : la plus-value/survaleur. En effet, c'est avec « le capitalisme que le plus-de-jouir peut prendre sa forme de plus-value (p.61) », rappelant par là ce que soulignait Lacan. Pour comprendre ce qui se passe, il faut donner quelques explications sur le fonctionnement de ce discours qui à une place très particulière par rapport aux autres discours décrits par Lacan.

Je ne reprendrai pas le détail des 4 discours de Lacan, car cela ne serait pas utile à la suite. Il faut juste savoir pour l'instant qu'ils se différencient du discours capitaliste car ce dernier ne suit pas une règle primordiale : Le discours capitaliste annule la barrière de la jouissance. C'est cette barrière qui empêche que les 4 discours réussissent à produire ce que Lacan nomme Vérité, à savoir :

qui n'est pas à confondre avec le réel, ne se touche que par la voie, négative d'une probation du faux et qu'en aucun aucun cas il n'est possible de dire le vrai sur le vrai, ou d'espérer que la vérité se dise toute ... (p.59)

Lacan dans le séminaire cité plus haut parle de la vérité comme un mi-dire. Notons au passage que déjà avec cet élément, il est possible d'y rattacher les discours marketing et les idéaux actuels qui nous promettent par des objets et des services de faire de nous des êtres complets et totaux, que des médias se font les révélateurs de la vérité sur ceci ou cela (« enfin dévoilée »), et ceci même (surtout ?) pour critiquer le système économique dominant. Après tout, il y a également un business de la contestation. Mais cette annulation de la barrière de la jouissance va plus loin car elle a pour conséquence , ce qui a été dit plus haut, de transformer le plus-de-jouir en plus-value :

le secret de cette menterie tient dans le fait qu'en annulant la barrière de la jouissance et en laissant entrevoir le mirage d'une consommation qui saturerait le désir (définition possible de la jouissance), le discours du capitaliste asserte une équation, entre "a", cet objet en plus, fondamentalement anidéique, et l'argent qui, lui, est par excellence le comptabilisable. (p.59)

C'est bien évidemment un leurre qui ne transforme « pas en jouissance le désir » mais qui « l'aiguise jusqu'à sa consomption (p.60) ». L'auteur y voit là ce que témoigne les addictions. Lacan dira du discours capitaliste  dans Conférence à l’université de Milan du 12 mai 1972 : « Ça marche comme sur des roulettes, ça ne peut pas marcher mieux, mais justement ça marche trop vite, ça se consomme, ça se consomme si bien que ça se consume. ». Si ça fonctionne aussi efficacement c'est parce que le discours capitaliste est une boucle parfaite, au contraire des 4 autres qui ne bouclent pas. Il se répète à l’infini. Le capitaliste commande au travailleur qui est celui qui a le savoir, ce qui lui donne la capacité de commandement est non pas un savoir mais l'argent qui sera « valorisé par l'investissement d'un savoir dans la production (p.61) » :

L'ouvrier produit. Il produit, au sens marxiste, de la plus-value. Avec le capitalisme, la force de travail devient une marchandise. C'est donc avec le capitalisme que le plus-de-jouir peut prendre sa forme de plus-value. (p.61)

Autrement dit, le travailleur produit l'argent par lequel le capitaliste va le commander. Devenant par là une marchandise qui se consomme elle-même. En se consommant lui-même le travailleur devient zombie. On pourrait dire cannibale mais il y a une différence qui est un processus de transformation. En effet, c'est en tant que l'humain est transformé en zombie, qu'il dévore un autre être humain qui sera soit consommé en pure perte (comme dans le capitalisme et la jouissance il y a toujours des pertes tendancielles) soit transformé en zombie à son tour qui pourra en faire de même et ainsi de suite. Dans le capitalisme le travailleur est transformé en marchandise. Or dans la vision de Marx du circuit capitaliste de la marchandise, celle-ci ne sert qu'à obtenir plus de monnaie : monnaie-marchandise-plus de monnaie. La marchandise est donc transformée en monnaie supplémentaire Si le travailleur est une marchandise il est donc transformé en monnaie. C'est par elle qu'il est exploité mais c'est lui qu'il l'a produit. En somme, il est exploité par ce qu'il devient et produit. La boucle est donc parfaite. Le zombie est dans la même situation. Le zombie est l'humain transformé en monnaie qui absorbe la force de travail devenu marchandise. Tout comme dans le capitalisme il y a des pertes du taux de profits qui ne peuvent être compensées qu'en augmentant l'exploitation pour obtenir plus de survaleur/plus-value c'est à dire de monnaie issue de cette exploitation. Le machine Zombie ne fait que transformer plus et produire plus de zombie jusqu'à ce qu'ils se consument quand il n'y aura plus rien. Zombie et monnaie sont des affaires de quantité et sont comptabilisables. L'idée de Lacan de voir dans le capitalisme un moyen de rendre comptabilisables la jouissance prend ici tout son sens. Jouissance, capitalisme et zombie sont donc des machines à perte qui augmentent une production pour compenser cette perte. Mais plus elles s'activent plus elles se consument. Rappelons nous de cette phrase de Lacan citée plus haut : « Ça commence à la chatouille et ça finit par la flambée à l’essence. Ça, c'est toujours la jouissance. ».

Ici le zombie est un être de fiction qui montre la conséquence extrême du discours capitaliste où le sujet est complètement scindé de son inconscient car ce dernier est devenu de la monnaie donc du plus-de jouir. Ce que Lacan nomme objet "a", un objet cause du désir est devenu de l'argent. Pour compenser la perte de jouissance, la multiplication des objets causes du désir augmentent. D'où le fait que le plus-de jouir (compensation de la perte) implique des objets "a". Mais dans le discours capitaliste ils sont devenus des biens de consommation qu'on nous fait miroiter et qui sont au final réduit qu'à produire plus d'argent. Dans ce processus où plus-de-jouir et plus-value sont devenus égaux, le monnaie remplace les objets cause du désir. C'est une faim (où le sujet n'est qu'une pulsion sans inconscient) déclenchée (car elle ne sert qu'à pousser à produire au final plus d'argent) pour s'auto-engendrer comme chez le zombie. Pour que cette boucle ne défaille pas il faut ainsi considérer « qu'il y a une parthénogenèse de l'argent qui le met à l'abri de de toute dévaluation (p.79) ».Mais la scission du sujet dans le roman de Stevenson n'est pas complètement accomplie à la différence du zombie :

Jeckyll n'est jamais complètement absent de Hyde - sinon, pourquoi chercher à redevenir Jeckyll ? La division du sujet est donc ce qui résiste au discours capitaliste. (p.83)

Or cette division c'est justement ce que refuse Jeckyll et qui le pousse à créer sa formule qui va donner Hyde. C'est une impasse. qui a pour conséquence soit de devenir Hyde, soit de se suicider. L'issue sera celle de se supprimer pour détruire Hyde en même temps.

A partir de la fiction on pouvait déjà imaginer deux issues au discours capitaliste : le suicide avec Jeckyll et la transformation en monnaie avec le zombie. Mais il existe une troisième issue, plus heureuse. Elle commence également par l'impasse que génère le refus de la division. Dans le manga Dragon Ball, d’Akira Toriyama, nous avons une belle illustration de sujet scindé lorsque le Dieu de la terre (Kami Sama en japonais ou le Trés-Haut) voulant se débarrasser du mal en lui, va engendrer un être maléfique : Le démon Piccolo (Satan Petit-Coeur dans la première traduction française ou Piccolo Daimaô en japonais).

Comment un sujet scindé redevient un sujet divisé : le cas Piccolo

En effet, pour accéder à cette place divine et remplacer le Dieu précédent (Sendai no Kami), il doit évacuer le mal en lui, qui va ensuite s'incarner en un être ayant la même apparence : le démon Piccolo. On apprendra plus tard dans le manga la portée de ce nom. En effet, Ils sont tous les deux un extraterrestre venant de la planète Namek qui subissait un grand cataclysme. Un Namek du nom de Katats envoya son fils encore en bas âge sur terre. Il grandit n’ayant aucun souvenir de son origine. Piccolo signifiant "autre monde" en Namek, était le mot à prononcer pour ouvrir la porte du vaisseau qui faisait office de maison. Le démon piccolo pourrait ainsi se traduire par « démon d'un autre monde ». Si dans ce nom il y a un rappel de l’exil que le fils de Katats a subi puis oublié, cette part corrompu de Dieu se nomme « autre monde » car elle est sans doute née sur terre. En effet, le personnage de Maître Kaio émettra l'hypothèse qu’il a dû être contaminé par le vice sur terre car les Nameks sont des êtres bons.

Une fois le sujet scindé, la barrière de la jouissance annulée, le démon Piccolo n'aura de cesse que d'assouvir son impératif à jouir. Il ne s’agit pas à proprement parlé d’un dédoublement car ils restent tous deux un même être. Si l'un meurt, l'autre aussi. En tant que Dieu ne pouvant se supprimer, le démon sera scellé dans un autocuiseur grâce à la technique du Mafuba par un être humain expert des arts martiaux : Maitre Mutaito. Comme pour compenser le désespoir qu’a provoqué le démon, Dieu créera les Dragon Balls : 7 boules de cristal qui une fois réunies permettent d’invoquer le dragon Shenron qui peut alors accorder un vœu. Il dit les avoir créé pour donner de l’espoir et du courage aux humains. Malheureusement il le regretta car elles serviront des intérêts égoïstes. Et pas des moindres, puisque le démon Piccolo sera libéré et réunira les 7 boules dès qu’il en apprendra l’existence afin de retrouver sa jeunesse. Bien évidemment, une jeunesse éternelle.

Les Dragon Balls vont servir de plus-de-jouir car elle vont permettre au démon de compenser la perte. En effet, quand il crée un fils (des monstres à sa solde) , il raccourcie son espérance de vie et se consume. Une fois rajeuni il prendra possession du monde. Il instaurera alors une politique de la jouissance où absence de limite, oppression et mort seront les mots d’ordre d’une nouvelle société. Sa première mesure sera d’abolir les lois, pas d’oppressions pour les bandits et les criminels, toutes personnes qui tentera de faire justice sera réprimées, en un mot tout est permis sauf de l’empêcher. Cet impératif de la jouissance sera corrélé par un droit de vie et de mort arbitraire : tous les ans à l’anniversaire de la prise de pouvoir de Piccolo Daimaô, une zone géographique sera tirée au sort pour être détruite. Et ceci afin que la population goûte un peu plus à la peur et à la mort. Un régime de la jouissance est un monde de la terreur et de la mort. Rappelez-vous : « Le chemin vers la mort n'est rien d'autre que ce qui s'appelle la jouissance (p.18 in Lacan. J. L’envers de la psychanalyse

Les Dragon Ball ont été créé par Kami Sama. Dans le discours capitaliste ce qui tient lieu du savoir correspond au travailleur. Au final, en produisant les boules de cristal il n'a fait que produire ce par quoi le démon Piccolo va obtenir comme plus-de-jouir. Et ceci ne se produit que parce qu’il s'est scindé comme sujet. D’ailleurs, ce sujet dans le discours capitaliste, n’est pas un sujet comme dans les autres discours car il n’est pas divisé mais scindé. Cet autre forme de sujet n’est rien d’autre que ce que Marx entendait par pulsion d’enrichissement et qui est la jouissance. Ce sujet qui n’a d’autre vérité qu’être la jouissance devrait d’ailleurs s’écrire autrement. Si le sujet divisé ou barré s’écrit chez Lacan « S » avec une barre oblique, le sujet scindé comme étant produit par le discours capitaliste pourrait s’écrire avec l’ancien signe du Dollar soit un « S » avec deux barres au milieux.

Néanmoins, on ne peut pas faire correspondre complètement le schéma de l'exploitation capitalise avec le cas de Kami Sama car il n'y a pas de transformation en monnaie. Les Dragon Balls sont les objets de valeurs qui sont censés engendrer la valeur que Kami Sama voudrait voir chez les terriens. Mais ce qui se produit est une perte de valeur : du vice. Ce même vice qui a engendré la part qu’il a voulu scinder : Piccolo Daimaô. Au final, c’est celui-ci qui en récoltera les fruits. Du moins pas pour un temps car il sera vaincu par Son Goku. Avant de mourir le démon donne naissance à un fils qui sera son double : Piccolo (Satan petit cœur junior dans la 1ère version française). Tout comme pour son père s'il meurt, Dieu aussi ce qui confirme qu'il est une réplique de son père. Tout au long du manga l’ambiguïté entre être un double et un fils sera maintenue. Néanmoins son destin et ses choix seront bien différents. S'il est traversé au départ par la volonté de venger son père en voulant tuer Son Goku, il va davantage chercher par la suite à le battre en tant que son rival. Lorsque San Goku le battra après un rude combat, il décidera de l'épargner pour garder en vie son plus grand rival et ne pas tuer Dieu ce qui ferait aussi disparaître les Dragon Balls. Piccolo continuera alors son entraînement pour devenir plus fort plutôt que de semer le chaos. Ici Piccolo commence déjà a changer à travers la rivalité, il reconnaît un adversaire dans sa valeur ce qui le pousse à devenir plus fort.

Par la suite Piccolo va aider Son Goku à combattre un ennemi plus puissant qu'eux : Radditz, le grand frère biologique de Goku. Pour le vaincre notre héros se sacrifiera pour laisser le temps à Piccolo d'utiliser une nouvelle technique pour tuer leur terrible adversaire. Son rival mort, il décide d’entraîner son fils, Son Gohan qui avait participé au combat et montré un potentiel inouïe. Radditz ayant annoncé la venue de ses compagnons, encore plus puissants. La relation qui va se nouer avec le fils de Goku va être primordiale pour Piccolo. En devenant son 1er maître, il va s’adoucir peu à peu et s'attacher à Gohan. Précisément, c'est dès le début qu'une transformation s’opère. Les observant Dieu dira de Piccolo qu’il est différent de ce qu'il était avant dés l'affrontement contre Radditz : « Il est toujours foncièrement mauvais mais j'ai l'impression qu'il a perdu son agressivité et sa perfidie ». Ce changement est même profond. En effet, toute personne tuée par un démon voit son âme errer dans le néant. Or l’âme de Radditz s'est retrouvé en enfer : « Donc le fait que Radditz ai pu accéder à l'au-delà prouve bien que ce n'est plus du tout le même Piccolo ». Il y a, pour comprendre cela, un enjeu de taille à prendre en compte. Dieu n'a plus qu'un an de vie. De plus, il sent que Piccolo se fera tuer par les 2 compagnons de Radditz à leur arrivée un an après. Si l'un meurt, l'autre aussi. Dieu se doute que Piccolo le sent aussi :

Et c'est pour ça qu'il veut laisser une trace dans en ce monde ... Même si ça doit passer par le fils de Son Goku

On voit bien que Dieu ici est du coté du savoir et Piccolo du coté du sujet qui accède à la division. Il devient un « S » barré. Elle passe par une réalisation : reconnaître qu'il y a une castration celle de la mort. Il n'y a pas division possible sans reconnaître la castration comme le précise Pierre Bruno :

L'incidence du discours capitaliste, dans la mesure où il rejette la castration, est de masquer à fortiori la division du sujet. (p.58)

En acceptant la castration de la mort Piccolo cherchera à la combler par une filiation martiale. Piccolo s'inscrit dans autre chose qu'être un double de son père et une partie scindée de Dieu. Il devient sujet dans une chaîne maître-élève. Durant cet entraînement où Son Gohan devra survivre dans la jungle, Piccolo viellera sur lui sans trop en faire. Il lui donnera un kimono semblable à celui de Goku mais avec un autre emblème : « Ma » (démon ou mal en japonais) qui est celui que le démon utilise. Il dit d'ailleurs vouloir en faire en démon digne de ce nom. Piccolo se sacrifiera pour sauver Gohan d'une terrible attaque de Nappa, l’un des deux terribles compagnon de Radditz. Il lui dira que s'il a changé c'est à cause des niaiseries de lui et de son père. Il avouera enfin à son élève qu'il a été le seul avec qui il a vraiment pu discuter et qu'il a apprécié ces moments ensembles. Dieu au même moment disparaîtra mais dira qu'il est tout de même heureux que Piccolo l’ai, à la fin, dépassé. Heureusement, ils seront tout deux ramenés à la vie grâce aux Dragon Balls de la planète Namek, leur planète d’origine.

Son Gohan de son coté le considérera toujours comme son maître. Il portera d'ailleurs longtemps la même tenue que Piccolo. Au fil des aventures Piccolo va continuer d'assumer sa propre division en amenant le bien en lui. Il retrouvera même le bien d'origine dont il a été scindé. En effet, pour sauver la terre d'une terrible menace, Kami Sama accepte de fusionner avec Piccolo et d'abandonner cette place de Dieu incompatible avec le division du sujet. Réémergera alors un sujet divisé d’origine qui avait été scindé. Piccolo dira : « Je ne suis plus ni dieu ni piccolo. Je ne me souviens plus de mon vrai nom ». Dieu sera en fait ce qui s'ajoute à Piccolo pour qu'il soit plus fort et non l'inverse car Piccolo est du coté du sujet. Mais surtout parce que Kami Sama, assume la castration. En effet, dieu acceptera que ce soit Piccolo qui garde son corps et son apparence car il est beaucoup plus fort que lui. Piccolo l'ayant surpassé depuis longtemps. Ce sujet n’étant ni l'un ni l'autre. Piccolo dira d'ailleurs quand il affrontera Cell : « Je suis désolé mais je ne suis plus Piccolo »

C'est au final la présence de 3 éléments qui fait sortir Piccolo de la scission . Premièrement, être reconnu comme sujet par Son Goku qui va voir en lui un adversaire qu’il va respecter puis un allié de valeur. Deuxièmement, Son Gohan le reconnaîtra comme Maître faisant de Piccolo un père symbolique qui transmet dans une chaîne de filiation. Enfin Il assumera la castration de la mort de son coté tandis que Kami Sama assumera qu’il l’a dépassé de loin et qu’il sera support de Piccolo et non l’inverse en se réunissant de nouveau. Cette issue est celle qui est encore la notre lorsqu'on reste en vie (contrairement à la solution de Jeckill) ou que nous sommes pas encore devenu des zombies. Pour ne pas se supprimer ou devenir des mort-vivants soyons des Piccolo.

Dans le prochain article j’aborderais plus en détail ce que j’ai présenté brièvement ici : la caractéristique économique du zombie d'être une masse, indifférenciée et abstraite mais comptabilisable , en un mot, une monnaie.

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