Le blog de J-C Dardart

La psychanalyse est une lecture pas une Vérité

Joe Yabuki : présentation

Rédigé par J-C Dardart Aucun commentaire

M'inspirant de la belle initiative du blog »Héros contemporains et Psychanalyse, je vais vous proposer une lecture psychanalytique d'une œuvre de fiction à succès. Je ne propose, là, qu'une hypothèse, une façon d'interpréter une création qui n'exclut pas les autres. De plus, de telles lectures n'ont d'intérêts que comme illustrations frappantes de processus psychiques rencontrés dans la clinique.

Ainsi, je suis parti du principe que le manga »Ashita no Joe pouvait nous faire réfléchir sur l'errance adolescente. L'exploration de ce chef d'œuvre se déclinera en plusieurs articles. Enfin avant de commencer j'aimerais vous préciser que pour les besoins des différents articles je vais devoir révéler des moments clés de l'intrigue, notamment la fin.

Ashita no Joe qui peut se traduire par "Joe de demain" est un manga sur la boxe publié au japon à partir de 1968 jusqu'a 1973. Depuis peu l'éditeur »Glenat a eu l'excellente idée de traduire cette légende de la bande dessinée japonaise qui est au pays du soleil levant une véritable institution bien que très peu connue en France. Son héros principal restera plusieurs décennies après dans le cœur des japonais et parmi les héros de manga les plus populaires et ceci dans une production particulièrement prolifique. Ce succès s'explique en partie par une histoire profonde et entrainante dont la tension dramatique radicale va de crescendo jusqu'à un final sans compromis. En effet, rare sont les »shōnen (manga pour les adolescents de masculins) avec un tel déroulement tragique. Donnant la forte impression d'être toujours sur le fil du rasoir, le récit ne tombe jamais dans un mélodrame larmoyant et racoleur. On pleure, certes, devant cette histoire mais des larmes dont la signification n'est pas si évidente que ça. Un peu à l'image de ce héros, violent et fragile, joyeux et mélancolique, cynique et rêveur, attachant et détestable, pur et amoral, trop enfantin et trop adulte tout à la fois, il est difficile de situer clairement ce récit dans l'ombre ou la lumière. D'ailleurs je serais bien incapable de vous dire si sa conclusion est une happy end ou son contraire.

Une autre raison de son succès provient selon moi de son adaptation animée qui bien que très datée (1970 pour la saison 1 et 1980 pour la saison 2) est particulièrement intense. Le doublage et l'aspect technique peut aujourd'hui faire rire dans un premier abord mais très vite quelque chose de puissant s'impose : une mise en scène efficace. Le réalisateur des deux saisons n'est pas moins légendaire, puisqu'il s'agit »d'Osamu Dezaki, considéré comme un grand maitre de l'animation japonaise. On peut même parler d'un style "Dezaki" qui se reconnait entre mille. Un de ses procédés favoris est de mettre en avant certains moments clés avec des crayonnés du plus bel effet. Pour vous donner une rapide idée du rendu : en France nous avons eu droit à l'adaptation de "Rémi Sans Famille" réalisé par lui et qui utilisait aussi ces fameux crayonnés. Dans les animateurs de la série on peut noter également la présence d'une autre légende : »Shingo Araki qui s'est fait connaitre notamment pour son travail sur Saint Seya (les chevaliers du Zodiaques). Si la seconde saison est »disponible en DVD, la première reste inédite en France si ce n'est quelques traductions de fans des premiers épisodes. La musique joue une place également importante comme en témoigne le générique d'ouverture de la première saison :

D'emblée le premier plan se centre sur le regard mélancolique du héros , puis on entend un chant dont on se demande s'il ne s'agit pas plutôt de pleure. La mélodie, quant à elle, ne semble pas adaptée à la thématique guerrière qu'on serait en droit d'attendre d'un dessin animé sur la boxe. On est très loin, par exemple du thème principal de Rocky. Le chanteur semble d'autant plus désespéré qu'on devine aux images que les combats vont être rudes. Et c'est le moins que l'on puisse dire comme nous allons le voir avec l'histoire de Joe.

Premier contact

L'entrée en matière se fait au son d'un sifflement, le héros marche seul et nous tourne le dos, le basculement de plan nous fait découvrir qu'il vient sans doute de quitter la tour de Tokyo. Le vent souffle fortement, Joe tient sa casquette d'une main, tenant la lanière de son sac de l'autre contre son épaule. Se dessine là le tableau typique du voyageur solitaire qui vagabonde vers une destination inconnue. Ses yeux son cachés par sa mèche. Impassiblement il avance et trace sa route sans se retourner. Traversant un pont, qui s'avèrera s'appeler "le pont aux larmes", on découvre peu à peu que notre adolescent se rend dans un bidon-ville contrastant avec l'idée de grandeur de la tour de Tokyo. Le premier regard qu'on aperçoit de Joe est ce fameux regard étrange qu'on pourrait, faute de mieux, décrire comme mélancolique. Très vite des enfants le remarque par son attitude qu'ils jugent trop arrogante. Ils s'approchent, Joe s'arrête et lance un regard violent bien différent du mélange de nostalgie et de mélancolie qu'on avait aperçu auparavant. Les enfants détalent. Se rendant compte de qui il a affaire, Joe adopte un regard doux et amusé. C'est alors qu'entre en scène un ivrogne qui demande l'aumône au jeune homme. Celui-ci sans la moindre empathie lui dit de dégager et frappe sans hésiter le vieil alcoolique. Ce dernier, loin d'être effrayé par la violence du garçon, lui fonce dessus l'air réjoui tel un papy de western qui aurait trouvé une pépite d'or. Et c'est peu de le dire, car bloquant la frappe de Joe, il lui fait alors remarquer qu'il une frappe en or et lui propose de l'entrainer à la boxe. Ainsi, Joe va très vite représenter pour cet ancien boxeur et entraineur déchu, un lendemain meilleur, un retour possible dans le monde la boxe. Scène suivante, une petite fille est capturée par des yakuzas parce que celle-ci les avait volé. Joe s'oppose à eux et les mets à terre. s'ensuit une scène où Joe se moque et provoque la petite fille mais avec un air bienveillant. Ce sont les 13 premières minutes du premier épisode. Si j'ai pris le temps de décrire si longuement cette scène c'est parce qu'elle plante parfaitement le décor et la psychologie de Joe. Plus précisément ses trois regards qui correspondent à sa vision des choses et qui ne va pas tellement varier tout au long de l'histoire. On découvrira plus tard un 4ème regard qui est celui de la rencontre avec un adversaire puissant. C'est là qu'on reconnaît le génie du réalisateur qui retranscrit en 2 ou 3 scènes tout un état d'esprit.

Dans le »prochain article nous aborderont la question de ces 4 regards.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ashita_no_Joe
http://en.wikipedia.org/wiki/Tomorrow%27s_Joe

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