Le blog de J-C Dardart

La psychanalyse est une lecture pas une Vérité

Psychopathologie de l'invasion zombie : le cas du quisling

Rédigé par J-C Dardart Aucun commentaire

Dans le roman World War Z, Max Brooks invente une maladie mentale propre à l'invasion Zombie : les quilings. Ce terme se référant à Vidkun Quisling, un politicien Norvégien ayant collaboré avec le régime nazi, est devenu un synonyme de « traître » dans le monde anglophone. Ainsi, il fut utilisé par l'auteur pour désigner des humains qui se mettent à se comporter littéralement comme des zombies en attaquant et en mordant les autres. Dans cet article nous allons voir que cette figure psychopathologique fictionnelle servira finalement à donner corps à un propos universaliste sur la nature humaine. Un propos qui, on peut s'y attendre, sera à la hauteur des sombres situations qu'une apocalypse Zombie met en scène.

Sommaire:

Les zombies de Max Brooks : entre fiction et réalité

Commençons par préciser quels sont les caractéristiques des Zombies de Max Brooks qui ont l'avantage d'avoir été imaginé avec une grande précision tout en correspondant à une vison très classique des morts-vivants. Nous en profitons pour les présenter maintenant car nous allons dans les articles suivant nous appuyer principalement sur son œuvre. C'est essentiellement dans son livre précédent, véritable bible des forums parlant de zombies, le Guide de survie en territoire zombie, que l'auteur nous liste leurs aptitudes.

En premier lieu il s'agit d'un virus, le solanum qui n'a jamais été trouvé à l'état naturel mais qui existe depuis -3000 avant J.-C., voir -60 000 selon des sources contestées. L'auteur fait de ce virus un mystère : il n'a pas été créé par l'homme, contrairement à d'autres histoires de zombies faisant intervenir des laboratoires militaires ou non. Son ancienneté dont la datation pose problème, le fait de ne pas le trouver autrement que dans le sang des infectés et l'absence de remède font de ce virus un objet qui nous échappe. Et c'est là, l'un des principaux propos de Max Brooks, que ce soit dans World War Z ou dans le Guide de survie en territoire zombie : la science et les technologies ne seront d'aucune aide. Terrible coup du sort pour le narcissisme humain !

Le Solanum procède de la sorte : il atteint le cerveau par le sang et détruit les lobes frontaux en se multipliant. Les fonctions corporelles s'arrêtent mais le cerveau fonctionne encore. Le virus transforme celui-ci en un nouvel organe. Il devient indépendant du reste du corps. Il le commande mais n'en dépend pas. Ensuite le nouveau cerveau réanime le corps. Cette réanimation ne concerne que les humains, les autres animaux s’arrêtant à la mort. De plus, ce virus ne contamine pas un cadavre mais un être vivant : il "ne crée pas la vie; il l'altère" (Guide de survie en territoire zombie p.682). Pour la suite de cet article retenez bien que le virus ne cible que des humains vivants. C'est un point crucial. La spécificité du zombie réside dans son cerveau au point qu'on peut dire qu'il se réduit fondamentalement à cet organe coupé du reste du corps qui n'est qu'un simple véhicule. Dans le texte, l'auteur parle d'outils. En effet, le zombie est un humain « du point de vue pratique » (Ibid. p.682), il n'a pas de force surhumaine, il « n'a que ces outils à dispositions » (Ibid. p.683). Seulement il peut les pousser au-delà de leur durabilité car il est coupé d'un corps qui ne fait remonter aucune douleur. D'ailleurs, s'il a une ouïe et un odorat très développés, le zombie n'a en revanche pas de sensation du touché et une coordination œil-main très mauvaise. On peut supposer que la coupure d'avec son corps rendant tout feed-back impossible l'empêche d’exécuter des taches motrices trop complexes. Le zombie n'a même pas besoin d'avoir ces organes sensorielles intactes pour repérer une proie. Il aurait comme une sorte de 6e sens : le virus stimulerait une"zone sensorielle oubliée ou ignorée par l'évolution" (Ibid. p.687).

L'autre mystère concernant cette créature est qu'elle n'a pas besoin de se nourrir. Elle ne fait qu'accumuler de la chair humaine qui fini par pourrir dans le système digestif quand il en reste un. Le zombie n'en a pas besoin car il ne digère pas. Dans ce cas pourquoi dévorer les vivants ? L'auteur le compare à une machine dysfonctionnelle :

Imaginez un ordinateur conçu pour exécuter une seule et unique fonction, une fonction impossible à modifier, à stopper ou à effacer. Impossible de stocker la moindre donnée supplémentaire ni de formuler la moindre commande. Cet ordinateur remplira sa fonction encore et encore, jusqu'à que sa source d'énergie se tarisse. (Ibid. p.69)

Nous pouvons évoquer l'hypothèse que cet ordinateur qui ne serait pas une machine de Turing, peut se penser comme une certaine mécanisation/automatisation de nos désirs pris dans la boucle de la société de consommation : cumuler des objets dont on n'a pas besoin et les laisser pourrir. Plus que d'un ordinateur raté, l’appétit absurde du zombie serait une illustration du discours capitaliste chez Lacan. Nous développerons cet aspect dans un article ultérieur pour ne pas trop faire de digression ici. Le zombie n'a ni désir sexuel ni possibilité de se reproduire : c'est juste un virus qui se duplique tel quel dans des corps-machines. Les zombies sont une masse indifférenciée qui n'ont pas consciences des autres ni notion d'être un collectif. Ils n'ont même pas la notion de territoire ou d'environnement. Cette créature est un espace qui augmente mais aucunement des êtres de de lieux.

La description de Max Brooks est encore plus complète et nous reviendrons un jour sur certains détails car pour ce qui nous occupe aujourd'hui ce n'est pas là le plus intéressant. L'aspect, sans doute le plus réussie de son œuvre est la façon dont il parle de notre monde, notamment de la réalité géo-politique, économique, informationnelle, migratoire et sociétale à travers la fiction. C'est surtout le cas dans World War Z où l'on comprend que le succès de l'invasion zombie est née d’échecs de gouvernances En effet, le menace zombie peut être facilement éliminé en prenant les bonnes décisions. Elle illustre à travers nos travers sociétaux comment la contagion devient possible : à cause des défaillances et corruptions de notre monde. Le tour de force finale étant de revenir vers la responsabilité de chacun :

On peut en vouloir aux politiciens, aux hommes d'affaire, aux généraux, on peut en vouloir au "système", mais honnêtement, si vous voulez engueuler quelqu'un, engueulez moi. C'est moi le système, c'est moi "les gens". C'est ça vivre en démocratie [...] C'est la faute de tout le monde, de toute ma génération (World War Z p. 554.)

Le zombie c'est notre faute dans l'univers Brooksien, il n'a pas besoin, de ce fait, de faire intervenir une quelconque cause ou origine au virus Zombie. Sa véritable cause, c'est nous. Pour le démontrer et nous le faire ressentir, l'auteur s'y prend de deux manières. Premièrement il va coller à notre histoire depuis le 20e siècle et décrire un monde très proche du notre. Les références aux crises, aux guerres et conflits armées mais aussi à la culture populaire sont précises et nombreuses.

Mais c'est surtout dans son second procédé qu'il va donner cette forte impression de réalité. En effet, dans la forme littéraire qu'il adopte, Max Brooks, brouille les frontières entre fiction et réalité. Dans le guide de survie en territoire zombie avec entre parenthèse « Ce livre peut vous sauver la vie », on s'adresse au lecteur non pas comme à un lecteur d'une fiction mais comme une personne qui va apprendre à survivre. Ce guide le considère comme un héros potentiel qui le deviendra en lisant et en suivant ses conseils. Dés le début, l'auteur du guide nous explique, que le pire ennemi du zombie et la connaissance et l'information. Il faut ainsi anticiper et prendre les devant car la menace va arriver. Dans cette superposition entre lecteur et le héros, le texte annonce une transformation qui va du refus du statut de victime ("je ne veux pas être une victime ! je survivrai" Ibid. p.673) au devenir survivant pour aboutir au statut d'état :

Rappelez-vous : vous représentez le seul gouvernement, la seule police et la seule armée à des kilomètres à la ronde. La sécurité de tous relève de votre responsabilité (Ibid. p. 922)

Ce lecteur-héros sera peut-être nous, ou un des personnages de World War Z où le guide y est évoqué comme un document primordial bien qu'insuffisant car n'est adapté qu'à un contexte nord-américain. Max Brooks s'autorisant même à faire critique de son propre guide. Si dans ce dernier le lecteur est le héros, dans ce second livre qui décrit la guerre mondiale contre les zombies, dans un continuum World War I, World War II et World War Z, le lecteur est un survivant d'après guerre qui découvre les premiers témoignages. Le roman est présenté par son auteur comme un recueil des témoignages les plus proches de la catastrophe. Il souligne en introduction le fait qu'il manque de recul et qu'il publie un matériel à chaud car le temps est compté :

Nous n'avons n'avons tout simplement pas les moyens de soigner correctement la totalité des victimes, tant d'un point de vue physique que psychologique. C'est donc à cause du temps, notre pire ennemi, que je me suis affranchi du luxe du recul et que j'ai pris la décision de publier ces documents in extenso. D'ici quelques décennies, quelqu'un se chargera peut-être de consigner des récits de survivants plus mûr et plus détachés. Peut-être même en ferai-je partie. Qui sait ? (World War Z p.14)

Nous sommes dans des problématiques de reconstructions d'après guerre avec une population diminuée et une économie très affaiblie qui repart tout juste. Le lecteur peut se projeter dans la réalité de l'après guerre zombie à partir de ce qu'il sait ou imagine de l'après seconde guerre mondiale par exemple. Mais surtout il est mis dans une posture où il revient sur son passé (ou sur celui de ses ancêtres) supposé par la fiction. Ici nous anticipons sur ce qui pourrait arriver à partir de ce que nous évoque ce qui est déjà arrivé. Afin de parler du présent.

Figure psychopathologique fictionnelle : le Quisling

Dans World War Z, Max Brooks invente une figure psychopathologique qui va pousser à l’extrême, les conséquences psychiques du traumatisme de guerre. A la frontière tout juste de l'imaginable la figure du quisling rendrait plus explicite l'horreur d'une guerre zombie possible. Cet ennemi présenté comme inédit car il ne ressemble à aucun autre connu se devait bien d'engendrer de nouvelles pathologies. Précisément des formes inouïes du traumatisme.

Présentation

Ils nous sont présentés par un ancien membre des milices de quartiers à l'époque de la guerre contre les zombies que le narrateur rencontre à Wenatchee dans l’État de Washington. Dans un passage où il parle des dangers autres que les mort-vivants (pillards, enfants sauvages etc), le pire sera le quisling :

Bon. D’après ce que j'ai compris, il existe une catégorie de personnes qui ne peuvent tout simplement pas gérer une situation du genre marche-ou-creve. Ce dont ils ont le plus peur les attire irrésistiblement. Au lieu de résister, ils veulent lui plaire, le rejoindre, essayer de lui ressembler. (Ibid. p.269

Il propose ensuite deux comparaisons. Dans un premier temps il pense au syndrome de Stockholm puis il va plutôt les comparer aux collaborateurs de la seconde guerre mondiale qui étaient parfois pire que les modèles qu'ils voulaient imiter. Ces références à du déjà-vu si elles peuvent encrer le récit dans notre réalité servent surtout à souligner la différence du zombie, avec qui toute collaboration est impossible. Dés le paragraphe suivant il précise bien :

Mais dans cette guerre-ci, impossible de jouer les collabos. Impossible de lever les mains et de dire « Hé, les gars, ne me tuez pas, je suis de votre côté ». Il n'y avait pas de place pour le gris. Soit on était blanc, soit on était noir. J'imagine que certaines personnes n'ont pas réussi à l'accepter. Et ça leur a fait péter les plombs. (Ibid. p.270)

Nous voyons bien que nous avons affaire à un ennemi radicalement binaire. Le zombie comme nous l'avons déjà dit ailleurs, est un être numérique. Il est un nombre qui augmente. Il est donc pas si étonnant d'y voir la version en corps de la logique binaire. Si, dans un premier temps, on pense plutôt au robot comme figure matérielle du binaire, le zombie est une version plus dégoûtante. C'est du binaire devenu chaire. Une chaire qui ne peut que pourrir. Une hypothèse sur laquelle nous reviendrons un jour c'est que le zombie incarne ce que Freud nomme la déliaison pulsionnelle. Dans l'opposition entre pulsion de vie (eros) et pulsion de mort (thanatos), une liaison des deux est possible et permet au Moi de ne pas être envahi par thanatos. Dans des cas de déliaisons pulsionnelles c'est la pulsion de mort qui l'emporte. Le quilsing ne supporterait pas cette différence radicale mais surtout la logique de cette déliaison : marche ou crève, mort-vivant ou humain vivant.

En fait plus que de séduction envers l'agresseur, le quilsling serait pris dans une répétition traumatique. A jamais marqué par l’événement, il n'y a pas de distance possible comme s'il demeurait en permanence une photographie instantanée de celui-ci. Rien ne pouvant être ni lié ni symbolisé, il ne reste qu'un comportement devenant l'empreinte de l'événement et une âme qui a disparu. Il devient psychologiquement un zombie :

Ces types sont des zombies point. Pas physiquement, d'accord, disons psychologiquement, mais impossible de faire la différence. Et encore, même physiquement, parfois c'est compliqué. (Ibid. p.272)

Tout comme les zombies il attaque les humains et ne ressent pas la douleur :

Encore une histoire d'esprit qui prend le dessus sur le corps … Du genre, on est tellement névrosé qu'on arrive à supprimer les connexions nerveuses. (Idem.)

En passant nous pouvons noter une pique de Max Brooks envers des pratiques et des discours mettant en avant la domination de l'esprit sur le corps. Si chez le zombie c'est le cerveau modifié par le solanum qui prend possession d'un corps coupé ne renvoyant pas la douleur, chez le quisling c'est l'esprit captif de l'image spéculaire du zombie qui prend possession d'un corps tout aussi coupé mais vivant. En effet, cette différence est importante car ce qui le rend plus dangereux, c'est d'être vivant. Comme il digère la chaire, il ne pourrit pas et ne gèle pas. Mais cela ne permet pas de le différencier des vrais zombies. Le seul moyen étant de brandir une lampe torche devant ses yeux pour constater la dilatation de la pupille. Au final cet être échoue car il perd son âme pour rien : les zombies, les vrais, eux voient la différence et savent que c'est un humains à attaquer. Autrement dit faire le mort ne fonctionne pas avec les zombies. Impossible de les séduire, de les berner, d'avoir leur pitié ou une quelconque empathie ni même jouer de raisonnements. Les zombies n'ont pas de subjectivité. Ils ne perçoivent qu'une chose : un corps humain vivant à dévorer.

Mais une question reste ouverte et sans réponse dans le roman. On apprendra plus tard que les tentatives pour soigner les quislings ont lamentablement échouer. Nous pouvons dès lors nous demander pourquoi. Nous tenterons dans ce qui va suivre de donner une réponse. Dans ce champs ouvert laissé par l'auteur nous allons ensuite, à partir de là, voir quelle réflexion nous pourront en tirer pour notre exploration de la figure du zombie. Pour combler ce qui manque dans le récit nous allons passer par une sorte de fan-fiction. Plantons le décor :

Imaginons un psychanalyste durant la période de reconstruction, peu de temps après la publication des témoignages du roman. Le recul nécessaire étant possible et les instituions de savoir en plein redémarrage, les premiers travaux sur la psychopathologie de la plus grande guerre de l'humanité commencent à être publiés bien qu'à l'état de balbutiement. Dans ce contexte le Docteur Haisse va se pencher sur le cas des quilslings. C'est alors qu'il présente ses travaux au premier congrès de la nouvelle International Psychoanalytical Association ou I.P.A. - Phoenix

Psycho-fiction : les travaux du Docteur Haisse

Bonjour, à tous et à toutes …. euh vous m'entendez ? … Oui ? Ah non ! C'est peut-être les piles … Ah c'est bon le micro marche. Donc comme je le disais. Bonjour à tous et à toutes. Merci de vous êtes déplacés malgré les difficultés de transports actuelles. Ce n'est pas sans émotions que je prends la parole dans ce premier congrès organisé avec conviction et courage par Karl, Augustina, Louis, Zaïa ainsi que tous les autres membres du comité de direction de l' I.P.A.-Phoenix qui renaît de ces cendres après tant d'années d'inactivité. La psychanalyse a faillit disparaître mais le peu d'entre nous qui ont survécus ont su lui redonner vie. Une vie qui se tient, certes que d'une faible respiration mais qui est suffisante pour retrouver un second souffle. Si vous me permettez une boutade en passant, on voit bien que l'inconscient nie la mort et qu'il en serait de même de ces porte-paroles (rire dans le salle). Rire voilà qui est proprement humain. Et de ce qui est strictement, si je puis dire, humain, il sera question dans ce que je vais dire.

Freud en son temps nous avez déjà préparé par cette fameuse phrase : « rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger ». Et pour le coup, tout allait bien dans le meilleure des mondes tant que ces mots n'ont pas rencontré un Réel. Or un Réel rien nous y prépare. Si les zombies ont incarné ce Réel contre lequel on a buté. On a pu y revenir dès que sa nature radicalement étrangère fut établie. Ils étaient cette mort qui marche et se propage, aux visages, certes, grotesquement humain, mais dont la nature inhumaine ne faisait plus aucun doute. Un clivage se maintenait entre nous et eux. Division salvatrice pour les uns, empêchant ainsi toute identification à l'ennemi, mais destructeurs pour les autres, ceux-là même qui s’identifient à un ennemi radicalement différent . Ces autres traumatisés par cette logique binaire : ce sont les quilsings. Ou encore pour reprendre notre jargon si poétique : les incurables. Je vais tenter de vous exposer pourquoi cet impossible. Ayant moi-même était amené à chercher des « solutions thérapeutiques », termes d'une commande étatique qui n'a rien de psychanalytique, c'est avec amertume que je vous présente mes travaux faisant briller à la lumière du jour une inévitable et obscure impuissance.

Que reste-il d'humain chez ces êtres qui ont abandonnés dans un leurre toute humanité ? L'humanité non pas comme une catégorie de la morale ni comme une valeur se substituant à la différence entre le bien et le mal mais ce point le plus fondamental, le plus pur, le plus stricte qui nous définie comme humain. Le paradoxe indépassable, je vous l'annonce dès maintenant pour lever tout doute, et par là même tout faux espoir, tient à ce que le quisling est strictement humain en même temps qu'il en est exclu. Peut-être, et là nous nous embarquons dans un débat infini, si je vais plus loin, ce qui serait bien embêtant puisque les débats sans fin sont bien trop souvent, c'est à dire tout le temps, des débats sans fond, c'est justement parce qu'il est trop strictement humain qu'il ne l'est plus. Mais abandonnons la philosophie ontologique pour en revenir à la clinique.

Les théories psychanalytiques du trauma permettent de bien éclairer l'obscure mystère du quisling. Si bien que nous sommes en droit de nous demander s'il ne serait pas un sujet traumatisé de la façon la plus radicale qui soit ou ce qui revient sans doute au même, un corps traumatisé sans sujet. Ceci pose la question du symptôme. S'agit-il d'un symptôme ? Nous pouvons en douter. Doute qui se pose déjà dans les cas plus classiques de traumatismes. Prenons ce texte de Jacques Marblé intitulé « Ça ne fait pas névrose » qui préfère parler, d'ailleurs, comme le propose Lacan, de sinthome. Le citant il écrit :

« L’accablement sous lequel vivent presque tous les hommes de nos jours ressortit à ceci d’avoir une âme dont l’essentiel est d’être symptôme [...], le sinthome, c’est de souffrir d’avoir une âme . » (J. Lacan, Conclusion des Journées d’études de l’efp, Paris, 9 novembre 1975.) Et s’il y a bien une chose que les sujets traumatisés répètent, en plus de leurs cauchemars et de leurs peurs, quand ils se mettent à parler, c’est d’avoir perdu leur âme

En toute logique l'auteur se demande alors s'ils n'ont pas perdu leur symptômes avec leur âme. Il est important de noter au passage qu’énoncer avoir perdu son âme suppose un sujet qui donne là, une impression, si je puis dire, sur son âme qui serait manquante. J'y reviendrais plus bas. Revenons au symptôme perdu, si le sujet traumatisé na pas de symptôme, de quoi s'agit-il alors ?

De jouissance ! Pardi ! Toujours elle !

Charles Melman nous le disait bien dans « Qu’appelle-t-on traumatisme psychique ? » :

Chez ces patients, la grande difficulté pour les faire bouger, c’est qu’ils sont attachés à cet état, c’est-à-dire à cette espèce de collage avec le réel brut. Pourquoi y sont-ils attachés ? Ils y sont attachés parce que finalement c’est l’unique jouissance qui leur reste. La jouissance c’est, si vous n’avez pas une zone susceptible pour vous d’entretenir la jouissance quelle qu’elle soit, vous n’êtes plus un humain.

Si la jouissance maintient l'humanité du sujet traumatisé, sa guérison, si l'on accepte de ne pas prendre ce terme dans un sens médical, en revanche, tient bien à autre chose qui n'est pas autre chose qu'un reste. Oui un reste !

Ce n’est pas le réel aveugle, étrange, absurde qui l’a frappé, c’est un réel qui même s’il n’est pas symbolisé, même s’il ne relève pas du champ de l’Autre, néanmoins ne fonctionne pour le parlêtre que parce que c’est au sein de ce réel que le symbole est venu forer son trou et qu’il y a toujours forcément un reste, un reste qui sans pouvoir être dialectisé est néanmoins un effet de la dialectisation, non pas l’effet d’un accident aveugle mais l’effet d’une dialectisation.

Ce reste, cette dialectique, une possible historisation, voilà ce qui fait la différence avec le quilsling. Mais comment ce reste ne reste pas à sa place ? Comment n'est-il plus là ? Je vais vous montrer que ce reste ne peut prendre place car il n'y plus de clivage psychique chez le quilsling. Il n'est pas soignable, autre mot que je vous invite à démédicaliser, pour cette raison. Revenons au texte de Jacques Marblé. Un point essentiel pour comprendre la différence entre le sujet traumatisé et le quilsling tient à ce qu'il se sente exclut de l'humanité, sentiment d'errance humaine, expérience limite, certes mais qui reste en attente. Une attente de ce qui est déjà là. Le faux zombie lui ne sent pas exclut, au contraire il se croit inclus, plus que de raison, telle les répliques plus vrai que nature : il est un Zombie. Si je devais reprendre une expression d'avant-guerre, et non sans provocation, vous me connaissez, il est un post-zombie. Il a tout du vrai ou presque. Pour faire la différence ça ne sera pas une mince affaire. Même si ce sentiment propre au sujet traumatisé peut lui donner l'impression d'être un revenant, voir un zombie, ce qui s'y joue n'a rien avoir :

Avoir été ne serait-ce qu’un instant le zéro l’extrait pour toujours de la comptabilité des humains (n’était-ce d’ailleurs pas le but de la solution finale ?) et en fait à jamais un revenant. (ibid)

En effet, le sujet s'est vu d'abord lors de l'événement comme un corps mort :

Dans le traumatisme, le biotraumatisme selon l’expression de Colette Soler dans son cours en 2001pour l’opposer au traumatisme sexuel classique, le sujet s’est « vu mort » : il a cru sa dernière heure arrivée [...]. Ce corps, ce peut être celui du sujet, laissé pour mort sur le champ de bataille du terrorisme, ou celui de l’autre, tué sous ses yeux.(Ibid.)

J. Marblé rappelant que selon Freud comme on ne peut se représenter sa propre mort, il est pris dans l'imaginaire. Précisons plutôt la répétition imaginaire. Sans qu'il y est alors de possible représentation et symbolisation. C'est à partir de là qu'on peut déjà voir ce qui se passe dans la situation du quisling. Imaginez, que face à une attaque zombie, il se voit mort, pris dans l'effroi. Il se verrait également mort à travers ses compagnons, peut-être même des proches qui, une fois mort ressuscitent en zombie. Ce faisait il s'identifierait à la fois à l'agresseur et à la victime à travers un indicible : se voir mort. Comme la victime se fait agresser par un mort, qu'elle meurt mais quelle se réveille en tant que mort-vivant : victime et agresseur sont la même chose. Vous rendez-vous compte de cet inédit ? Le clivage est impossible. Il n' y a pas de possibilité de division entre un Moi victime et un Moi agresseur car les deux sont la même chose : la mort. Un sujet sans possibilité de division. Le principal mécanisme de défense, lâchons même le mots, de survie, face au traumatisme, est mis hors de porté. C'est de l’impossible binarité du clivage que souffre le quisling.

Pour clarifier cette différence nous pouvons voir en quoi son drame psychique se distingue de ce qu'on peut appeler une « jouissance déshumanisante ». Dans. « Déshumanisation et psychanalyse : Clinique ? Éthique ? Politique ? » Bernard Piret nous détaille ceci :

Mouzayan Osseiran-Houbballah dans un article paru dans Cliniques Méditerranéennes en 2001 proposait de décrire les conséquences psychiques de l’enrôlement précoce des enfants dans les guerres par le biais de l’émergence d’une "jouissance déshumanisante". [...] La jouissance déshumanisante dont il est question proviendrait de l’identification du sujet au corps devenu cadavre de son frère, à l’autre comme déchet. Le patient raconte : « mon corps s’était séparé de mon âme », c’est-à-dire que son corps était devenu comme mort, déchet, comme le corps de l’autre auquel il s’identifie. L’auteur ajoute : « Cependant, il était là pour le constater », ce qui relativise effectivement la "déshumanisation" puisque malgré l’ampleur ou la profondeur du bouleversement subjectif, le sujet était bien maintenu dans sa division. Alors pourquoi utiliser ce qualificatif de « déshumanisant » pour décrire ce qui relève du sentiment d’un corps mort, d’une âme anesthésiée, d’une dépersonnalisation, d’une jouissance particulière éprouvée à tuer l’autre, hors symbolique ? À suivre l’auteur, c’est le patient lui-même qui en montrait la voie en exprimant un sentiment de déshumanisation et en demandant aux thérapeutes une confirmation de son appartenance à l’espèce humaine.Quel est donc ce sentiment de déshumanisation, d’exclusion de l’espèce humaine ? Notons d’emblée que s’il pose des problèmes psychopathologiques spécifiques, il n’en indique pas moins l’humanité de celui qui en est porteur, ne serait-ce qu’au titre d’une demande de réintégration de l’humanité. Le sentiment d’exclusion de l’espèce humaine ne transforme pas celui qui le ressent en " autre chose" qu’un humain !

Nous voyons bien là la différence entre le sujet traumatisé habituel et le quisling. En effet ce dernier n'est ni dans ce sentiment d'exclusion ni dans une demande qu'on le réintègre dans l'humanité. Il est un traumatisé d'un autre ordre. Un ordre assez stricte d'ailleurs, si le sentiment et la demande sont ces variables insaisissables de notre humanité, au point que nous sommes trop humain à force de questionner notre appartenance à ce registre commun, le quilsling est ce qu'il y a de plus rigide en terme de définition. Nul besoin d'avoir une âme ! Un corps biologique suffit ! C'est à se demander s'il reste même la jouissance avec un corps qui n'est qu'organe. Vous savez bien que non ! Ce corps humain purement chaire livrable à la dévoration des zombies, c'est cela qui compte pour cet être infâme auquel le quilsling cherche à ressembler. Voici le drame psychique d'un incurable corps qui identifié à un être si différent que cela tient d'une logique binaire, se perd dans l’impossibilité de se cliver lui-même

Je vous remercie de m'avoir écouter attentivement malgré le sujet, je sais que cela vous rappelle de terribles moments. Maintenant, je ne sais pas s'il était judicieux de faire cette intervention avant la pause repas (grand mouvement d'explosion de rire dans la salle) mais je vous souhaite un bon appétit tout de même. Pour la reprise à 14h30 nous changerons de salle : 4eme étage. Sans ascenseur ! Oui ! Les temps sont durs !

Docteur Haisse.

Le sujet traumatisé réduit à son corps

Sortons de la fan-fiction mais revenons sur cette indifférenciation entre victime et agresseur pour faire une hypothèse sur le discours qu'elle pourrait figurer. En effet, plus que d'être une version amplifiée et grossie du traumatisme de guerre, nous y voyons surtout l'illustration d'un discours très actuel sur le sujet traumatisé, à savoir le fait de réduire l'impact psychique du traumatisme à une gestion du stress : Post-Traumatic Stress Disorder.

Cette indifférenciation renvoyant à une vision qui confondrait le processus psychique du traumatisme, qui suppose un sujet, et l’événement traumatique. En effet, si le sujet traumatisé s'identifie pour une même personne au corps mort de l'autre qui devient un mort qui agresse, il devient la stricte réplique de l'événement traumatique. L'attaque des zombies étant cet événement. Dans un texte nommé « Approche psychanalytique du traumatisme : de l’irruption du Réel à l’errance psychique » Bernard Piret écrit ceci :

Une tendance contemporaine, accentuée par l’influence nord-américaine des diagnostics statistiques, tend à confondre le traumatisme avec l’événement lui-même, incluant dans la définition du syndrome de stress post-traumatique la survenue d’un événement d’une gravité et d’une intensité exceptionnelle. Or le traumatisme n’est pas l’événement lui-même mais il en est la conséquence psychique [...] survenue d’un traumatisme psychique va dépendre de facteurs strictement individuels.

Le Quisling figurerait alors un discours nord-américain sur le traumatisme. Rappelons que Max Brooks est un auteur Nord-Américain et que le témoin qui parle d'eux vit dans l’État de Washington. Si cette figure représente un discours globalisant et normalisant sur le traumatisme, elle est d'abord celui d'une définition universelle sur la nature humaine en tant qu'espèce : même sans âme, il reste humain par son corps. Pour cette raison, le zombie le reconnaît comme humain et le dévore comme n'importe quel autre corps humain. Mais il s'agit là du corps comme organisme, outil ou mécanisme. C'est pour cela que nous avons fait dire au Docteur Haisse que ce corps humain purement et strictement somatique n'avait plus possibilité d'être dans la Jouissance. Cet organisme comme phénomène uniquement somatique, c'est celui qui sous-tend la logique qu'il y a derrière la notion de P.T.S.D. comme l'écrit Philippe La sagna dans « Les malentendus du trauma » :

Les théories anglo-saxonnes qui prônent le ptsd (Post-Traumatic Stress Disorder), terme qui tente d’effacer celui de névrose traumatique, vont accentuer le temps 1 du trauma pour en faire un phénomène purement somatique, et mettre ainsi en doute la valeur du temps 2, celui de la subjectivation et du lien à la jouissance du corps.

Ainsi, ce qui fait du quilsing une figure du sujet possible et envisageable, c'est la réalité d'un discours actuel sur le traumatisme. Ce faux zombie presque plus vrai que nature est justement trahit par elle : le corps. Les torchent détectent la dilatation des yeux et surtout le zombie ne s'y trompe pas. On ne peut pas le leurrer. De l'humain il ne voit que le corps vivant, c'est à dire, un corps à dévorer. L'ère de la guerre zombie est impitoyable, non pas à cause de créatures morte-vivante, mais par ce qu'elle dit de l'époque contemporaine : un monde où nous sommes réduit à des corps.

A travers les concepts de biopolitique, de biopouvoir , et sa définition de la discipline, Foucault décrit des mécanismes de gouvernance où le corps devient un lieu sur lequel s'exerce un pouvoir et des politiques de mesures, de gestions, d'enregistrements, de coercitions et de rendements. Ces politiques sur les corps sont particulièrement mises en scènes dans les histoires de zombies, notamment dans les romans de Max Brooks. L'invasion zombie est pour ces raisons une tragédie Foucaldienne.

La fin du sujet crainte ou possibilité ?

Cette réduction au corps revient à faire disparaître le sujet. Si ce possible s’actualise dans des discours symptomatique d'un pouvoir disciplinaire et politique sur les corps qu'on peut faire remonter au 17é siècle, du moins si l'on suit Foucault dans Surveiller et punir et L'histoire de la folie à l'âge classique. Il ne vient qu'après les craintes de l’invasion de la mort en période de pestes puis de la folie en tant que mort du sujet qui se nouent au 15é siècle :

La folie, c'est le déjà-là de la mort. [...]La substitution du thème de la folie à celui de la mort ne marque pas une rupture, mais plutôt une torsion à l'intérieur de la même inquiétude. C'est toujours du néant de l'existence qu'il est question, mais ce néant n'est plus reconnu comme terme extérieur […] ; il est éprouvé de l'intérieur, comme la forme continue et constante de l'existence. Et tandis qu'autrefois la folie des hommes était de ne point voir que le terme de la mort approchait, […], maintenant la sagesse consistera à dénoncer partout la folie, à apprendre aux hommes qu'ils ne sont déjà rien de plus que des morts, et que si le terme est proche, c'est dans la mesure où la folie devenue universelle ne fera plus qu'une seule et même chose avec la mort elle-même. (Histoire de la folie. pp.30-32)

La crainte que va susciter la folie va correspondre alors à la mise en œuvre de dispositifs hérités des léproseries (comme enfermement, isolation) puis évoluera vers une technologie disciplinaire pour la contenir , la maîtriser et la surveiller, dispositif disciplinaire dont un modèle est le ville pestiféré , analysée dans Surveiller et punir. Ce continuum entre mort et folie est également présent dans les histoires de zombies, dans The Crazies (1973,La nuit des fous vivants en français) Georges Romero, remplace la contagion zombie par celle de la folie déclenchée par un virus et dont la propagation sera traitée militairement avec violence. Ou encore dans le film 28 jours plus tard (2002) de Danny Boyle, où les contaminés sont pris d'une rage furieuse. Cette peur de la mort du sujet, mais nous pourrions dire, de l'âme, n'est pas qu'une angoisse existentielle ou un possible. Elle a engendré des pratiques particulièrement violentes sur les sujets désignés comme fous, aliénés à des dispositifs désubjectivant ou ce qui revient au même déshumanisant.

Les technologies disciplinaires servent également à mettre en œuvres une société efficace où le rôle de chacun est calculé, surveillé et mesuré afin d'être utile et productif. Ce projet politique va jusqu'à chercher le rendement dans le traitement de la souffrance psychique. Traiter le traumatisme comme un stress c'est attendre que ce stress baisse pour que la personne soit de nouveau opérationnelle sans plus tarder. Par exemple, il n'est pas rare que des survivants d'attentats, traumatisés soient sommés d'aller mieux car « normalement » le stress devrait être passé. Seulement il ne s'agit pas que de stress. Le processus traumatique peut avoir un effet bien plus profond selon les individus. Comme le rappelle Philippe La Sagna (op. cit.) :

Le stress, comme tout effet de corps, a pour destin de s'atténuer là où le trauma ne disparaît pas. C'est au contraire un caractère essentiel du trauma que de résister au temps […] Le véritable trauma menace la possibilité d’existence du sujet en tant qu’il se représente, qu’il est dépendant des symboles mais aussi en tant qu’il menace l’ordre symbolique tout entier.

Il ne faut pas voir la mort du sujet comme quelque chose d'effectif ou qui le deviendra. Le danger n'est pas tant celui d'un monde en déclin que des pratiques et discours qui font comme si le sujet n'existait pas. Quelle est la différence pourrait-on demander ? Elle tient au fait qu'il y a une résistance de notre subjectivité à ne pas disparaître. Mais cette lutte à un prix car elle engendre de la souffrance psychique . Quelle soit passive, active, consciente ou non cette survie peut prendre toute sorte de formes qui ne sont pas sans conséquences. N'est-ce pas ce que met en scène les récits post-apocalyptiques ? Des sujets en lutte pour faire survivre leur humanité ?

Bibliographie

  • Brooks Max, Guide de survie en territoire zombie, 2003. Intégrale Z, Livre de poche, 2014. Paris
  • Brooks Max, World War Z, 2006. Intégrale Z, Livre de poche, 2014. Paris
  • Foucault Michel, Histoire de la folie à l'âge classique, Tel Gallimard, 1972. Paris
  • Foucault Michel, Surveiller et punir, Tel Gallimard, 1975. Paris
  • La Sagna Philippe, « Les malentendus du trauma », La Cause Du Désir, 2014/1 (N° 86), p. 40-50. URL : https://www.cairn.info/revue-la-cause-du-desir-2014-1-page-40.htm
  • Marblé Jacques, « Ça ne fait pas névrose », Psychanalyse, 2005/1 (no 2), p. 23-30. DOI : 10.3917/psy.002.0023. URL : https://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2005-1-page-23.htm
  • Melman Charles, « Qu’appelle-t-on traumatisme psychique ? », 2016. URL : https://ephep.com/fr/content/texte/charles-melman-quappel-traumatisme-psychique
  • Piret Bernard « Déshumanisation et psychanalyse : Clinique ? Éthique ? Politique ? », 2005. URL : http://www.parole-sans-frontiere.org/spip.php?article167
  • Piret Bernard, « Approche psychanalytique du traumatisme : de l’irruption du Réel à l’errance psychique », 2007. URL : http://www.parole-sans-frontiere.org/spip.php?article297

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