Le Blog de J-C DARDART

La psychanalyse est une lecture pas une vérité

Autres perspectives dans Ashita No Joe

Avant de dire au revoir à Joe, abordons quelques points qui n’ont pas pu être développés par faute de temps ou tout simplement que je n’ai pas pu explorer davantage et qu’on effleurera à peine ici. Pour rappel, voici les 3 premiers articles traitant d’Ashita no joe. :

  1. Joe Yabuki : Présentation
  2. Les 4 regards de Joe Yabuki
  3. Joe Yabuki : la rage de vivre à en mourir

Joe contre Oedipe

Nous avons donc annoncé lors du dernier article que nous parlerons de la dimension oedipienne, mais celle-ci a une configuration bien particulière : décidément notre Joe ne fait rien comme tout le monde. En tant qu’orphelin Joe n’a pas vraiment de possibilités de vivre le complexe d’Oedipe à l’endroit de ses parents. Mais cela n’empêche en rien que la scène de la tragédie de Sophocle se transpose sur une autre scène : le ring. En effet, ce complexe est une triangularisation qui souvent se déplace dans des triangles amoureux. Le triangle de type oedipien, a les caractéristiques suivantes :

Si dans l'oedipe le sujet est l'enfant, l'objet d'amour la mère (ou le père dans la cas d'une position féminine) et le rival/séparateur le père (ou la mère dans la position féminine), dans ses versions déplacées est maintenues un double interdit : l'interdiction au niveau de l'objet d'amour et l'interdiction d'éliminer le rival. Dans Ashita no joe nous avons bien cette triangularisation : Joe - Tohru - Yōko Shiraki. En effet, Yokko est une femme qui va toujours être celle qui va trouver la solution pour sortir Joe de l'impasse, elle ne va cesser d'aller vers lui mais ce dernier va passer son temps à la rejeter et à l'humilier : plus il l'a rejette plus elle revient vers lui. Sa seule place va être d'être l'instigatrice de ses désirs. Fille d'un puissant homme d'affaire, elle va user de son pouvoir pour aider Joe, lui organiser des combats, lui trouver des adversaires etc. Ainsi, elle va être celle qui va créer le club de boxe de Tohru afin que les 2 amis s'affrontent. Yōko va également avoir des sentiments envers Tohru et admirer la ténacité de ce dernier. En même temps elle partage le même désir que lui : se rapprocher Joe, l'un par les poings, l'autre en étant toujours prêt de ses affaires. Du point de vue de Joe, seul son rival et ami compte. Yōko ne l'intéresse pas. Quand celle-ci va lui révéler ses sentiments pour supplier Joe d'arrêter la boxe, il va alors la repousser. On pourrait emmètre alors l'hypothèse que Joe s'interdit Yōko comme objet d'amour. En effet, il a déjà lever un interdit en tuant indirectement Tohru. Enfin au final il échouera contre l'image finale du Père : c'est José Mendosa qui va le tuer. Cet échec est-il la conséquence de la culpabilité de Joe ?

Dampei Tange : de l'adulte intéressé au parent qui s'intéresse

Nous l'avons évoqué plusieurs fois sans pour autant le développer davantage mais il y a un personnage primordial dans ashita no joe : le vieil Dampei Tange. Non seulement il va être l'entraineur de Joe mais il va être le premier à percevoir quelque chose de spécial chez ce jeune vagabond. Le regard de Joe à travers la vision de Dampei, annonce ce regard de boxeur que l'on retrouvera ensuite dans les combats de notre héros. Dampei perçoit une lueur unique dans les yeux de Joe. Il va d'ailleurs déclarer à un chef yakuzas qui voudra recruter le talentueux jeune homme :

Ne voyez-vous pas la lueur dans ses yeux ? Ce ne sont pas les yeux dégueulasses et corrompus d'un Yakuza Ce sont les yeux d'une bête sauvage qui regarde vers l'avenir !

Pour lui, Joe n'est pas un voyou mais un boxeur. Il le deviendra donc. Tel est le souhait du vieil homme. Le terme "bête" renvoie au Ça : le lieu de pulsion. Nous sommes du coté du Moi-idéal. Alors que le terme "avenir" situe Joe du coté de l'Idéal du Moi où il s'agit d'avoir un lendemain de grandir et de réussir sa vie. Dans ses mots de Dampei nous sommes dans la dialectique entre Moi-idéal et Idéal du Moi qu'évoquait »Vincent Le Corre dans »ce commentaire. Dans le premier épisode Dampei, lui promet un avenir radieux : il sera riche et aura une piscine : image idéale qu'incarnera José Mendoza. Et il fera tout pour que Joe y parvienne. Mais il y a le drame interne de Joe : sa mélancolie. Dampei croit en l'avenir de cet adolescent mais ce dernier est dans la désillusion : il est pessimiste.

Dampei est un personnage particulièrement touchant. Il est celui qui lutte et tient la route. Il est celui qui a déchu et est tombé au plus bas (clochard, ivrogne) mais qui se saisit de la chance de remonter : Joe est son lendemain. Il s'agrippe à l'avenir qu'il voit pour lui et Joe pour finalement ne se préoccuper que de Joe : il va même le supplier d'arrêter quand certains combats se révèleront trop dangereux pour sa vie. Il a une place de parent. Au début l'enfant est la continuité du narcissisme parental et l'impitoyable Joe le souligne bien à Tange :

Joe : Si vous vous approchez encore de moi, je ne serais pas aussi gentil ! Je ne supporte pas les ivrognes. Tangue : Je ne bois plus. Depuis que j'ai vu ton punch cette après midi, j'ai complètement arrête. Tu comprends ? Ça prouve à quel point j'admire ton punch. Je suis prêt à tout abandonner pour toi. Alors petit, Yabuki Joe, laisse-moi t'entrainer ! D'accords ?

C'est à ce moment là qu'intervient ce fondu du regard plein d'espoir de Tangé vers le regard mélancolique du Joe (épisode 01).

Joe : Tangue Danpei, c'est bien ça ? Maintenant que j'y pense, il y avait un boxeur qui portait ce nom, bien qu'il n'était pas très fort.
Tangue : C'était il y a bien longtemps ...
Joe : Alors, vous pensez pouvoir réaliser à nouveau ce rêve avec votre sale tête ?

Petit à petit il prendra davantage Joe pour ce qu'il est en lui-même et préférera son bien être aux vœux qu'il avait pour le jeune homme et dans lesquelles il s'était projeté. Malgré les rejets et les chutes de Joe, Dampei restera pour là pour lui. Ce comportement plein de beauté contraste avec sa laideur physique (borgne, grandes dents qui dépassent, trapu) qui sont les traces de sa vie de déchéances et de dérives, donnant par là même un relief tout particulier à ce personnage attachant qui se raccroche à l'espoir de toutes ses forces. Cette forme d'errance fait qu'il ressemble à Joe qui se laisse aussi dériver. De ce fait on se demande si ce n'est pas plutôt Dampei qui projette sa propre rage de réussir dans "les yeux d'une bête sauvage qui regarde vers l'avenir !" qu'il voit en Joe. En effet, Joe regarde-t-il vraiment l'avenir ?

Le désir c'est le désir de l'Autre, le désir de Joe va s'appuyer sur celui de Dampei. On peut même Se demander dans quelle mesure le désir de Joe n'est pas aliéné à celui de Dampei d'une façon tellement marquée qu'il mettra en sacrifice sa propre vie.

Joe a réussi ceci de façon remarquable : Redonner une dignité à un homme qui a dérivé. Lui donner le goût d'espérer et de penser à un "demain" possible. Finalement Joe en sauvant Dampei qui est un parent de substitution, ne sauve-t-il pas par là de façon symbolique ses propres parents disparus ? De plus ce départ pour le grand voyage avec le sourire aux lèvres et l'air serein ne viendrait pas du fait que, lui, l'enfant abandonné, rejeté et solitaire va finalement manquer à Dampei ainsi qu'à d'autres ? Par exemple une des questions qu'il n'est pas rare qu'un enfant se pose lorsqu'il pense à sa propre mort : va-t-il manquer à quelqu'un ? l'aime-t-on suffisamment pour souffrir de sa perte ? En résumé c'est une façon déguisée de savoir si on l'aime. Joe lui la mettrait en acte.

D'où, peut-être, la difficulté à situer cette funeste conclusion entre dans bad end ou une happy end. A la fois il s'encre chez l'autre mais en même temps il s'y perds à en mourir.

Le regard de l'autre est une question de points de vues

On parlait de regards dans un article mais mon point de vue, est une lecture personnelle d'une vision personnelle du réalisateur sur le manga d'origine. Or Desaki est un réalisateur au style marqué et marquant. Donc ce n'est pas tant le manga que adaptation par Desaki de l'histoire qui a inspiré ces article. Quand je lis le manga (donc le papier), je n'ai pas les mêmes ressentis. notamment l'aspect mélancolique de Joe qui est un apport du réalisateur. Ce que vous avez lu est donc le point de vue d'un point de vue : appareil à double focal qui créé donc une image nécessairement déformée. Mais cela n'empêche d'y trouver des élément pertinents et significatifs dans la lecture de ce qui est entre les lignes de cette histoire. D'ailleurs dans l'analyse d'un héros de manga il est important de garder à l'esprit que nous ne parlons pas tout à fait de la même chose lorsque nous partons de l'édition papier ou de son adaptation animée. Une adaptation est une adaptation donc une forme de traduction et comme le dit le vieil adage : "traduction, trahison".

Fin voulue ou forcée ?

J'ai écrit ces articles dans l'idée qu'il y avait une cohérence totale du début jusqu'à la fin. Et que la conclusion de l'histoire allait de soi et qu'elle n'aurait pas pu être autrement. Mais rien ne dit que la mort de Joe était voulue par l'auteur. Il faut, effectivement, savoir que la série a dû s'arrêter à cause de son esprit de révolte qu'elle aurait insufflé : des étudiants japonais qui manifestaient contre l'action de l'armée rouge nippone avaient mis le visage de Joe sur leur étendards. La pression des autorités ayant ainsi mis fin au manga. Donc fin de l'histoire précipitée par mort du héros et donc pas de suite possible. Mais en même temps les propos de Joe à Noriko annonçait la fin : d'ailleurs au moment de cette scène je me suis tout de suite dit que Joe allait mourir.

Un héros moderne

Véritable figure de la révolte pour toute une génération de jeunes japonais, Joe Yabuki incarne plus que quiconque une figure du combat contre l'absurde dans le sens de Camus : contre le silence du monde Joe a su taper du poing et montrer qu'il existait, affirmant ainsi qu'il devait être traité avec dignité, héros véritablement moderne par sa violence, son cynisme et son désespoir il montre également toute la vigueur d'un sujet qui cherche à être entendu et respecté. Le Joe de Demain c'est l'adulte du monde moderne celui qui instaure un "je me révolte donc nous sommes" (Camus in l'homme révolté).

Je suis bien conscient que je n'ai pas épuisé tout ce qui pourrait être dit d'une œuvre d'une telle envergure. Rare sont les personnages qui laissent une telle trace dans l'histoire. Au japon il reste un des personnages les plus populaires même plus de 40 ans après : par exemple, en octobre 2006 il est arrivé » 4ème parmi 100 au Japanese Anime Vote. Figure complexe naviguant entre désespoir, révolte et ténacité, il incarne la condition humaine dans sa plaine mesure avec tout ce qu'elle a de riche et de paradoxale. Joe est ainsi beaucoup trop rebelle pour être enfermer dans une lecture psychanalytique unique, Je vous inviterais donc à faire votre propre lecture de l'histoire d'un adolescent qui donne une sacrée leçon aux adultes. Un jeune Boxeur qui nous donne une telle claque gagne à être connu. Pour finir, voici la question qui reste encore sans réponse pour moi : pourquoi la dimension maternelle est complètement absente et tue ?

Joe Yabuki : la rage de vivre à en mourir

Voici le troisième et avant dernier article sur Ashita no Joe. Nous avons commencé par une »présentation du jeune homme puis nous avons poursuivi sur »la question de ses regards. Pour poursuivre, nous aborderons la problématique cruciale de cette histoire : celle de la mort et de la perte. Ainsi que du rôle qu'y joue la fonction paternelle.

La perte : Mélancolie

Nous avons vu précédemment que Tohru Rikiishi avait radicalement changé la vie de Joe Yabuki. Et bien plus qu'un adversaire ce dernier a trouvé quelqu'un qui le reconnait et qui par désir de le combattre va faire un sacrifice de poids.

Le sacrifice d'un ami

Tohru dans son désir inflexible de retrouver Joe sur le ring va devoir changer de catégorie de poids. Il va devoir alors entamer un régime infernal pour combattre Joe qui est plus léger que lui. Un sacrifice se définit tout autant par l'objet du sacrifice (une partie de lui) que par son rituel (le régime inhumain). Ainsi ce qu'il accepte de perdre de lui en échange d'avoir le droit de combattre son ami, montre le lien qui unis les deux boxers. Ce désir ardent qui n'est pas dépourvu d'une dimension homosexuelle, Tohru, va le payer au prix fort.

Derrière cet amour de boxeur que lui porte son ami, se cache le destin funeste et dramatique de Joe. S'ils vont tous deux se retrouver en final dans un combat magistral et sans compromis, seul Joe bien qu'ayant perdu le match, va en rechaper. L'association d'un régime avec ce dernier combat, tous deux tout aussi violents, aura raison de la santé de Tohru qui tombe à terre pour ne plus jamais se relever. Et nous allons voir à quel point la destinée de Joe est ponctuée de perte et de culpabilité. Traumatisé, écœuré et profondément déprimé, Joe va rentrer dans une phase mélancolique de plusieurs mois. Tohru était après tout une raison de vivre pour Joe, et c'est ce lien très fort qui a justement entrainer la mort de son ami. Joe va alors fuir et errer dans la rue, reprenant sa vie d'antan. Son regard mélancolique étant à l'apogée, Joe tente de fuir ce souvenir le hantant en se laissant dérivant. Mais fuir physiquement ne permet pas d'échapper à la culpabilité et à la tristesse de perdre un être aimé, car ceux-ci sont à l'intérieur de lui.

La deuxième saison de l'adaptation animée commence dans ce contexte ( dans l'édition papier de Glénat ce moment de l'histoire correspond au tome 6, prévu en mars) où Joe fait son retour dans le monde de la boxe après des mois d'errance mélancolique. Retour bien difficile car Joe est toujours hanté par la culpabilité d'avoir tué son ami Tohru. De plus, il était sa raison de boxer, et Joe souffre alors de ne pas retrouver un combattant de la même trempe. Lui, même en perd son éclat de boxeur.

Carlos ou trouver l'objet c'est le retrouver

Joe va alors faire la rencontre d'un nouveau boxeur qui va lui rappeler Tohru. Cet homme ce nomme Carlos Rivera, il est le numéro 6 mondial. Très vite le style et la force de Carlos va ranimer la flamme de Joe. A travers lui il retrouve Tohru et les deux adversaires vont très vite se lier d'amitié. Leur combat sera d'autant plus titanesque.

Après ce combat, Carlos va avoir la chance d'affronter le champion du monde : José Mendoza. Persuadé de la victoire de son ami, Joe aura la mauvaise surprise d'apprendre qu'il a perdu dès le début du combat n'offrant que peu de résistance au numéro un des boxeurs. Comment a-t-il pu perdre si facilement ? Lui un homme si vaillant et un boxeur si puissant. De plus, Carlos a subit des dommage cérébraux irréversibles, ayant perdu l'esprit Carlos va alors disparaitre. Personne ne sachant plus où il est, Joe s'inquiète de la vulnérabilité extrême de son ami qui a perdu ses facultés intellectuelles. Notre héros est de plus persuadé que c'est à cause des dommages liés à leur combats violents et brutales que Carlos n'a pas pu tenir contre Mendoza. Il se sentira alors comme la cause des malheurs de son ami. Si Tohru Rikishii avait perdu son poids et sa vie, Carlos Rivera a perdu son esprit et s'est perdu en Amérique Latine ne laissant aucune trace. Nous avons là deux départs : l'un par la mort et l'autre géographiquement.

Si en trouvant Carlos, Joe retrouve Tohru, on peut penser que celui-ci n'est pas pour autant le premier objet d'amour perdu et qu'il est aussi un substitut de cet objet perdu. Joe est orphelin et l'on peut penser que cette perte reste active en lui sans qu'il en est conscience. En effet les pertes de ses deux amis réactivent la mélancolie de Joe et non pas uniquement du deuil. Mais pourquoi donc ?

Le Deuil impossible du mélancolique

Dans Deuil et Mélancolie (1915), Freud explique que la mélancolie est un deuil devenu pathologique car le sentiment de tristesse lié à la perte de l'objet aimé a envahi la personne si bien que c'est lui qui devient l'objet perdu en parti. Freud écrit alors, la phrase la plus célèbre de ce texte :

L'ombre de l'objet est tombée sur le moi.

Nous sommes dans un cas différent du Deuil, car dans la mélancolie les reproches adressés à l'objet perdu, sont inconscients et surtout dirigés contre le moi car celui-ci identifié à l'objet perdu. Il est à la fois aimé mais aussi haït car ce dernier l'a abandonné. S'identifier à l'objet perdu pour le sauvegarder en soi est un processus de deuil habituel. Cela devient problématique lorsque la relation à cet objet est trop ambivalent entre l'amour et la haine. Une certaine culpabilité ne sera pas alors étrangère au fait que les reproches se réadressent vers le moi. Et comme le sujet ne sait pas consciemment qu'il souffre de la perte de cet objet, le deuil ne peut pas se faire car l'objet du deuil est refoulé donc consciemment inconnu.

La pulsion de mort : Rage et masochisme primaire

Le travail du Deuil consiste à désinvestir de la libido (énergie sexuelle) de l'objet perdu. Mais dans le cas de la Mélancolie comme le Moi est identifié en partie avec l'objet, cette énergie est alors retiré du Moi. Ce qui domine alors c'est la pulsion de mort.

Dans "Au-delà du principe de plaisir" (1920), Freud introduit une nouvelle dualité pulsionnelle : pulsion de vie et pulsion de mort. La pulsion de vie inclut entre autre la pulsion sexuelle et celle d'auto-conservation et se définit selon le principe de la conservation de ce qui a été acquis mais aussi à son augmentation et évolution : comme le Eros dans Le Banquet de Platon . Tourné vers le lien à l'extérieur et l'intégration, son but est de constituer à chaque fois de plus grand ensembles. Ce mouvement crée de la tension et de excitation pour l'organisme. Si la pulsion de vie ne pousse pas l'individu à devenir trop gros c'est par l'action de la pulsion de mort qui tend vers l'état le plus simple et de moindre tension. La pulsion de mort à la capacité de détruire ce que lie la pulsion de vie. Ainsi, un équilibre se crée entre les deux pulsions par leur union ou intrication. Quand la pulsion de vie ne s'unit plus avec la pulsion de mort, celle-ci domine. On parle alors de désunion ou désintrication (selon la traduction) pulsionnelle. Le Moi du sujet perd de sa cohésion et tous ce qui a été lié, disparait.

Freud en 1924, dans "Le problème économique du masochisme" va mettre en avant un processus psychique qui a pour but de pallier à ce problème. Face à cet excès de pulsion de mort qui menace le Moi, l'auteur envisage 2 possibilités :

  1. La première est la dérivation de la pulsion de mort vers extérieur sous forme de décharge motrice et d'agressivité. Mais c'est une solution pas suffisante.
  2. Cette ultime solution c'est le masochisme primaire (à distinguer nettement du masochisme secondaire et du masochisme moral) qui est un investissement sexuel de la pulsion de mort dirigé vers le Moi. En sexualisant ce qui attaque et fait douleur au Moi, une union pulsionnelle entre pulsion de vie et de pulsion de mort devient alors possible. Cela permet alors de maintenir une cohésion du Moi qui n'est plus envahit par la pulsion de mort uniquement : le masochisme primaire est le « gardien de la vie psychique » (Rosemberg).

Les coups que donne Joe seraient alors une dérivation extérieure de la pulsion de mort puis dans un second temps en les encaissant, un moyen de maintenir son Moi. Mais dans son cas ce serait comme si cette sexualisation devenue trop intense viendrait bruler le Moi. C'est paradoxalement ce qui avait permis à sa vie psychique de se maintenir qui serait la cause de la mort de Joe. Tel en serait son paradoxe dramatique.

Voila ce que Joe déclare à la belle et sage Noriko qui est venue le supplier d'arrêter la boxe :

Profiter de la jeunesse ne signifie pas la même chose pour moi. Mais je la vis à ma façon : Je m’enflamme comme une torche, sur le ring, couvert de sang. Rien à voir avec des petits plaisirs sans vie, sans flammes. En un éclair je vois jaillir des étincelles incandescentes. Mais à la fin … il ne reste que de la cendre toute blanche. Ce n’est plus un morceau de braise, mais de la cendre … toute blanche.

» source

Bien évidemment dans cette réplique de Joe annonce son funeste destin. Dans son combat contre le terrible José Mendoza, notre héros succombera mais non sans lui régler son compte à la manière Yabuki : c'est à dire en lui laissant une trace indélébile.

Régler ses comptes avec le père

Le combat final va se dérouler contre le champion du monde : José Mendoza. Il représente le boxeur parfait tout aussi élégant, que très technique mais aussi avec une frappe extrêmement redoutable. Son style et son comportement incarnent parfaitement l'expression "le sport noble" pour désigner la boxe anglaise. Riche et raffiné, il est avant tout un père de famille aimant et marié à une femme de bonne éducation. Il pratique l'équitation et reste toujours digne. José Mendoza est le boxeur accompli et imbattable. Il est en sommes celui qui a réussi sa vie grâce à la boxe. Dans un monde idéal, son aujourd'hui serait le lendemain de Joe. Est-ce là un chemin possible pour Joe ? José serait-il un Joe de Demain anticipée et idéal ? On pourrait le penser d'autant plus que José proviendrait également des bidons villes. Cependant, l'auteur du manga en a décidé autrement.

Une origine similaire, une maitrise de la boxe supérieure, une vie réussie, il est également beaucoup plus vieux que Joe, sans compter une rouste que José lui a donné hors ring en un seul coup, voilà de quoi situer le champion du coté du père en tant qu'il représente un idéal, une image de puissance, de celui qui a le pouvoir, plus exactement le phallus.

En outre, Joe et José sont des prénoms proches. José étant la Forme espagnole de Joseph selon »cette source. Quant à Joe il est le est diminutif anglais de ce même prénom (»source). D'une certaine façon on peut emmètre l'hypothèse d'une filiation voulu consciemment ou nom par l'auteur du manga : ils sont tous deux les variantes d'un même prénom, d'une même famille étymologique. Avec de plus un ordre hiérarchisé du plus long ou plus court : Joseph>José>Joe.

Face à une image si écrasante, Joe va répondre par la haine et va régler symboliquement ses comptes avec ce père parfait dans un combat où chacun va y laisser des plumes : Joe va perdre la vie et José va connaitre là le plus grand soucis de sa vie.

Joe ne va pas perdre au KO. José va gagner aux points (et non au poing ?). Tandis que Joe se rassit dans son coin du ring pour s'éteindre doucement le sourire aux lèvres (voir l'image d'illustration au tout début de cet article) comme si enfin il avait accompli quelque chose d'important et atteint son but, le champion José n'en sort pas complètement indemne non plus. En effet, les spectateurs du combat remarque tout d'un coup que la chevelure brune du champion est passée subitement au blanc. Ressemblant à un vieillard, le combat avec ce fils symbolique rebelle, l'a fait vieillir d'un coup. Ne dit-on pas que les enfants accélèrent le vieillissement des parents ? Ou encore qu'un parent se fait des cheveux blancs à causes de ces enfants ?

Après ce n'est pas certain que ces expressions existent au Japon, mais force est de constater que Joe avant de succomber à su laisser sa trace sur ce père idéal avant de succomber. Quelque part son existence à pu se faire sentir aux yeux de ce père impossible : ce grand Autre.

Tohru représentait une première limite pour Joe (par exemple : Tohru arrêtant Joe dans une tentative de fuite de la prison pour mineur), ayant alors pour lui une fonction paternelle. Il a également reconnu Joe comme son égal et lui à donné un but. Incarnant une image paternelle motivante car pas impossible à atteindre. Mais il meurt par désir le combattre. Joe de cette manière réalise un désir Œdipien de tuer le père. Et la mort de son ami annonce aussi son futur. Carlos comme substitut de Tohru et qui va aussi se perdre va représenter aussi le futur de Joe : perdre contre José mais surtout Joe va avoir les mêmes symptômes de démence du boxeur que Carlos. Enfin José qui représente le grand Autre, un père impossible annonce le futur que n'aura jamais Joe.

Nous voyons là les variantes de la fonction paternelle où passant par Tohru, Carlos et les autres adversaires (les a' du schéma L du précèdent article), Joe va finalement adresser sa haine à qui de droit : ce père (le Grand Autre) qui l'aurait abandonné ?

Dans le prochain et dernier article nous aborderons cette dimension œdipienne à peine annoncer ici ainsi qu'un panorama des perspectives et questionnements que nous n'avons pas pu développer davantage.

Les 4 regards de Joe Yabuki

Après une »présentation du jeune héros »d'Ashita no Joe, nous allons aborder un premier aspect psychanalytique, à savoir la question des regards du personnage. Ainsi, avant de commencer il me semble important de préciser ce qu'on entend par "regard" qui renvoie, comme vous l'aurez sans doute déjà deviné, à un ensemble de processus bien plus complexes que le seul dessin des yeux du personnage.

Le regard : un reflet en miroir de soi et du monde

En effet, le regard, seul, ne fait pas sens en lui-même. Un regard inclut une scène, ainsi qu'un autre regard qui vient donner une signification à ce regard. Ces trois composantes et leurs interactions définissent un complexe spéculaire que Jacques Lacan a théorisé comme ce qu'il appelle le "Stade du Miroir". En vérité, il y pas que 3 acteurs dans cette affaire, comme nous allons le voir.

Il y a différentes façon d'aborder le stade du miroir, je l'ai déjà abordé ici et ailleurs, et aujourd'hui c'est un autre aspect que j'aimerais mettre en avant. Pour cela, il va falloir s'aider du schéma L de Lacan.

A première vu ce schéma n'est pas très parlant et si l'on dit que parfois un dessin vaut mieux qu'un long discours, cette fois si, pour le coup c'est le discours qui va rendre explicite le dessin. Et ne vous inquiétez pas le discours ne sera pas non plus trop long. Premièrement, précisons les 4 points du schéma :

S ou ES : représente le sujet, celui du désir, celui qui parle et émet un discours. Il est clivé par le le conscient et l'inconscient, par le désir et son interdit. "Es" en allemand désigne le "ça" qui est l'instance de nos pulsions refoulées et enfuîtes. En un mot c'est le sujet de l'inconscient.

A, le grand Autre : est ce à quoi on s'adresse fondamentalement. Il est l'interlocuteur par excellence du sujet de l'inconscient. Il donne ainsi sens à nos dialogues intérieurs et extérieurs car ils sont en réalité adressés à lui. Cet Autre peut prendre de multiples visages : le père, la mère, Dieu ou même soi. En fait il est celui à qui on s'adresse en tant que l'on a intériorisé. L'interlocuteur interne de nos espoirs, désespoirs et discours. Une manière de résumer la fonction du grand Autre et de dire qu'il est celui à qui l'on veut faire entendre notre discours. Le schéma, montre un axe entre S et A qui se nomme axe symbolique, car il est celui du langage. Cet axe qui est celui de ce que le sujet adresse au grand Autre.

a, le Moi : Correspondant ou Moi freudien, le a désigne les identifications du sujet, ce qui inclut la façon dont il se voit et perçoit. C'est l'image que nous avons de nous même. Mais la perceptions de nous même ce fait toujours par rapport a quelque chose d'autre.

a', l'autre est le reflet du moi, un alter égo. à la fois double spéculaire du moi, il n'en demeure pas moins qu'un reflet, de quelque chose d'extérieur donc étranger au moi. Cette ambiguïté se retrouvera dans notre relation à autrui où l'on fera en lui ce qui est semblable ou l'inverse de nous, ce que nous voulons pas être, ce qu'on aimerait être etc. En fait ici se joue dans la relation aux autres des identifications internes qu'on veut renforcer ou oublier. Ainsi l'axe entre a-a' désignée comme axe imaginaire correspond à l'effet sur nous de le relation entre notre image et celle des autres. Par exemple ce qu'on voit de soi chez les autres et ce qu'on voit des autres, chez soi.

Ce schéma montre que le rapport du sujet à ce à quoi il s'adresse (le grand Autre) est barrée par l'axe imaginaire, à savoir la perception que nous avons de nous-même et des autres. Mais ces perceptions ne sont que reflet de l'un et l'autre. En sommes, ce qu'on adresse dans notre discours dépend de la façon dont on se place de l'axe imaginaire celui de la place qu'on donne à soi et ses semblables.

3 regards et 1 philosophie de la vie

Ainsi le regard de Joe dépend de ce qu'il regarde en tant qu'influencé par la perception qu'il a de lui dans ce monde. Il se positionne alors en fonction des 3 regards qu'il a sur le monde et les autres :

I -Le regard perdu

Lorsqu'il marche et qu'il est seul Joe regarde le monde qui l'entoure avec ce regard mélancolique si mystérieux, il semble à la fois distant et fuyant, tout en appréciant par moment ce qu'il voit. Ces moments sont surtout présents lorsqu'il est seul et apaisé. Pensif , il reste silencieux : le spectateur se demandant alors à quoi, il semble réfléchir. Il a par moment un léger sourire. Ce positionnement dans la solitude semble être des moments d'introspections. Songerait-il à un objet perdu ?

II -La haine des adultes

Le regard de haine : Joe a une vision radicalement pessimistes des adultes. Pour lui ils sont mauvais, intéressés et hypocrites. Aucun d'entre eux n'échappe à son implacable loi. Tout les adultes sont corrompus. Ils cristallisent tout ce à quoi il ne croit plus, orphelin, il a toujours considéré les adultes comme une menace. Fondamentalement abandonné par les grandes personnes, il n'en voit que la défaillance. Joe préfère compter que sur lui-même. De toute façon les adulte ne le voient que comme un bon a rien, et lui le leur rend bien en ne voyant que du mauvais en eux.

III -La douceur de l'enfance

Une seule innocence : les enfants. Le regard de Joe ne s'adoucit que pour les enfants. Bien qu'il aime se moquer d'eux et les taquiner, il aime passer du temps et jouer avec eux. Il n'hésite pas non plus par moment à les manipuler et à lesentrainer dans ses méfaits. Mais ceci a pour but de les éloigner des adultes et les inviter à la révolte. Il expose régulièrement au groupe d'enfants du bidon-ville sa vision cynique des adultes. Les enfants représentent l'enfance perdu de Joe qui a toujours dû se débrouiller seul et se battre. Enfant errant et survivant, Joe voit dans le groupe des enfants qui le suivent partout, un paradis perdu qu'il n'a sans doute jamais lui-même connu. Sa nostalgie ne pouvant alors se reporter qu'à un objet d'autant plus perdu qu'il est purement imaginaire ou fantasmatique. De plus l'admiration et l'amour qu'ils portent à Joe, donne à voir une facette de lui plus joyeuse et douce. Dans ces moments là, difficile de le voir comme un adolescent violent au poing redoutable. Son comportement avec les enfants est aux antipodes de son comportements avec les adultes.

Avec un tel point de vue sur les adultes on peut aisément comprendre que le vieil Dampei Tange, va avoir un mal de chien à convaincre Joe de lui faire confiance et d'accepter d'être entrainer à la boxe. Joe, à juste titre, se rend bien compte que l'ivrogne le voit comme juste une source de revenu ce qui est effectivement le cas. Du moins au début. En effet, c'est la vénalité du vieil homme qui va être le moteur de son intéret pour Joe. Mais parce qu'à la fois il devra prouver sa valeur et le convaincre, Tange va changer, arrêter de boire, retravailler et voudra davantage le bien être de son boxeur qu'autre chose. Or la boxe ne sera plus seulement un moyen de s'enrichir mais une façon d'aider Joe à s'accomplir. Sauf que ce dernier n'y croira pas comme ça. Sa vision négative des adultes est telle que rien de bons ne peut émaner d'eux. Ce qui va le convaincre d'écouter les conseils de son coach, ce n'est pas la confiance en ce vieil homme, mais une tout autre ambition liée à une rencontre qui va à elle seule commencer à changer Joe.

4ème regard : l'adversaire ou une haine aimante

Suite à des déboires dont je vous passe les détails, Joe va se retrouver dans une prison pour mineur, digne d'Alcatraz. Installée sur une île déserte, elle est ainsi isolée du monde, la connexion ne se faisant qu'une fois par jour par un bateau. Dans l'univers d'Ashita no Joe, il n'y a que peu de recours pour les enfants délinquants : voici le monde que les adultes offrent à Joe.

Face, aux autres jeunes de son âge, Joe va très vite montrer de quel bois il se chauffe et il va clairement dominer les autres par sa force brute. Tous, sauf un. En effet, Joe va devoir s'incliner contre un adversaire de taille, aux comportements irréprochables et n'attendant que sa sortie pour bonne conduite. Il s'appelle Tohru Rikiishi, un jeune espoir de la boxe. Cet adversaire qu'il n'arrive pas à dominer va le pousser à suivre les conseils du vieil Dampei par courrier et ainsi améliorer sa technique. Ceci va aboutir à un tournoi dans la prison qui va aussi motivée d'autres jeunes détenus. L'entrain et la détermination de Joe se propageant sur ces semblables. Au final, l'on assistera à la confrontation tant attendu entre Joe et Rikiishi qui se conclura par un match nul. Si au début ce dernier le prend pour un rigolo, il va petit à petit le prendre au sérieux. Il va ainsi sans cesse provoquer et taquiner Joe mais il va tout de même faire comprendre à ce dernier qu'il l'attendra sur le ring professionnel. Joe va ainsi décider de se tenir à carreau pour ne pas rallonger sa peine.

Ce que Rikiishi offre à Joe, c'est bien plus qu'une rivalité. En plus de le reconnaitre en un lieu (le ring) où il est attendu, il va tout sacrifier (nous verrons prochainement le poids de ce sacrifice) pour pouvoir combattre Joe. On peut même dire qu'il voit Joe comme son seul objectif. C'est justement cette façon de reconnaitre Joe et d'attiser en lui la flamme du désir, celle du combat, qui va le transformer. Son regard et ce qui s'y reflète est alors quelque chose de tout nouveau. Pour la première Joe cherche à se faire reconnaitre de quelqu'un et à montrer sa détermination. Réussir à se sentir digne aux yeux de ses adversaires et donc des siens va avoir pour effet de transformer toute sa haine en amour du ring et du combat. Le sourire aux lèvres et le regards tourné vers l'avenir Joe semble ainsi voir pour la première fois de sa vie, un demain. Ne vivant plus le jour au jour, il s'entraine et trouve un espace pour enfin exister et être reconnu et se reconnaitre dignement : le ring.

Boxer devient ainsi pour Joe une question de vie et de mort et ceci au sens précis que peut en donner la psychanalyse comme nous allons le voir dans le »prochain article. Nous verrons aussi quel est ce grand Autre auquel s'adresse Joe à travers tous ses combats et adversaires (les a' du schéma L) et quel est le moteur de son existence.

Joe Yabuki : présentation

M'inspirant de la belle initiative du blog »Héros contemporains et Psychanalyse, je vais vous proposer une lecture psychanalytique d'une œuvre de fiction à succès. Je ne propose, là, qu'une hypothèse, une façon d'interpréter une création qui n'exclut pas les autres. De plus, de telles lectures n'ont d'intérêts que comme illustrations frappantes de processus psychiques rencontrés dans la clinique.

Ainsi, je suis parti du principe que le manga »Ashita no Joe pouvait nous faire réfléchir sur l'errance adolescente. L'exploration de ce chef d'œuvre se déclinera en plusieurs articles. Enfin avant de commencer j'aimerais vous préciser que pour les besoins des différents articles je vais devoir révéler des moments clés de l'intrigue, notamment la fin.

Ashita no Joe qui peut se traduire par "Joe de demain" est un manga sur la boxe publié au japon à partir de 1968 jusqu'a 1973. Depuis peu l'éditeur »Glenat a eu l'excellente idée de traduire cette légende de la bande dessinée japonaise qui est au pays du soleil levant une véritable institution bien que très peu connue en France. Son héros principal restera plusieurs décennies après dans le cœur des japonais et parmi les héros de manga les plus populaires et ceci dans une production particulièrement prolifique. Ce succès s'explique en partie par une histoire profonde et entrainante dont la tension dramatique radicale va de crescendo jusqu'à un final sans compromis. En effet, rare sont les »shōnen (manga pour les adolescents de masculins) avec un tel déroulement tragique. Donnant la forte impression d'être toujours sur le fil du rasoir, le récit ne tombe jamais dans un mélodrame larmoyant et racoleur. On pleure, certes, devant cette histoire mais des larmes dont la signification n'est pas si évidente que ça. Un peu à l'image de ce héros, violent et fragile, joyeux et mélancolique, cynique et rêveur, attachant et détestable, pur et amoral, trop enfantin et trop adulte tout à la fois, il est difficile de situer clairement ce récit dans l'ombre ou la lumière. D'ailleurs je serais bien incapable de vous dire si sa conclusion est une happy end ou son contraire.

Une autre raison de son succès provient selon moi de son adaptation animée qui bien que très datée (1970 pour la saison 1 et 1980 pour la saison 2) est particulièrement intense. Le doublage et l'aspect technique peut aujourd'hui faire rire dans un premier abord mais très vite quelque chose de puissant s'impose : une mise en scène efficace. Le réalisateur des deux saisons n'est pas moins légendaire, puisqu'il s'agit »d'Osamu Dezaki, considéré comme un grand maitre de l'animation japonaise. On peut même parler d'un style "Dezaki" qui se reconnait entre mille. Un de ses procédés favoris est de mettre en avant certains moments clés avec des crayonnés du plus bel effet. Pour vous donner une rapide idée du rendu : en France nous avons eu droit à l'adaptation de "Rémi Sans Famille" réalisé par lui et qui utilisait aussi ces fameux crayonnés. Dans les animateurs de la série on peut noter également la présence d'une autre légende : »Shingo Araki qui s'est fait connaitre notamment pour son travail sur Saint Seya (les chevaliers du Zodiaques). Si la seconde saison est »disponible en DVD, la première reste inédite en France si ce n'est quelques traductions de fans des premiers épisodes. La musique joue une place également importante comme en témoigne le générique d'ouverture de la première saison :

D'emblée le premier plan se centre sur le regard mélancolique du héros , puis on entend un chant dont on se demande s'il ne s'agit pas plutôt de pleure. La mélodie, quant à elle, ne semble pas adaptée à la thématique guerrière qu'on serait en droit d'attendre d'un dessin animé sur la boxe. On est très loin, par exemple du thème principal de Rocky. Le chanteur semble d'autant plus désespéré qu'on devine aux images que les combats vont être rudes. Et c'est le moins que l'on puisse dire comme nous allons le voir avec l'histoire de Joe.

Premier contact

L'entrée en matière se fait au son d'un sifflement, le héros marche seul et nous tourne le dos, le basculement de plan nous fait découvrir qu'il vient sans doute de quitter la tour de Tokyo. Le vent souffle fortement, Joe tient sa casquette d'une main, tenant la lanière de son sac de l'autre contre son épaule. Se dessine là le tableau typique du voyageur solitaire qui vagabonde vers une destination inconnue. Ses yeux son cachés par sa mèche. Impassiblement il avance et trace sa route sans se retourner. Traversant un pont, qui s'avèrera s'appeler "le pont aux larmes", on découvre peu à peu que notre adolescent se rend dans un bidon-ville contrastant avec l'idée de grandeur de la tour de Tokyo. Le premier regard qu'on aperçoit de Joe est ce fameux regard étrange qu'on pourrait, faute de mieux, décrire comme mélancolique. Très vite des enfants le remarque par son attitude qu'ils jugent trop arrogante. Ils s'approchent, Joe s'arrête et lance un regard violent bien différent du mélange de nostalgie et de mélancolie qu'on avait aperçu auparavant. Les enfants détalent. Se rendant compte de qui il a affaire, Joe adopte un regard doux et amusé. C'est alors qu'entre en scène un ivrogne qui demande l'aumône au jeune homme. Celui-ci sans la moindre empathie lui dit de dégager et frappe sans hésiter le vieil alcoolique. Ce dernier, loin d'être effrayé par la violence du garçon, lui fonce dessus l'air réjoui tel un papy de western qui aurait trouvé une pépite d'or. Et c'est peu de le dire, car bloquant la frappe de Joe, il lui fait alors remarquer qu'il une frappe en or et lui propose de l'entrainer à la boxe. Ainsi, Joe va très vite représenter pour cet ancien boxeur et entraineur déchu, un lendemain meilleur, un retour possible dans le monde la boxe. Scène suivante, une petite fille est capturée par des yakuzas parce que celle-ci les avait volé. Joe s'oppose à eux et les mets à terre. s'ensuit une scène où Joe se moque et provoque la petite fille mais avec un air bienveillant. Ce sont les 13 premières minutes du premier épisode. Si j'ai pris le temps de décrire si longuement cette scène c'est parce qu'elle plante parfaitement le décor et la psychologie de Joe. Plus précisément ses trois regards qui correspondent à sa vision des choses et qui ne va pas tellement varier tout au long de l'histoire. On découvrira plus tard un 4ème regard qui est celui de la rencontre avec un adversaire puissant. C'est là qu'on reconnaît le génie du réalisateur qui retranscrit en 2 ou 3 scènes tout un état d'esprit.

Dans le »prochain article nous aborderont la question de ces 4 regards.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ashita_no_Joe
http://en.wikipedia.org/wiki/Tomorrow%27s_Joe

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