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	<title>Le Blog de Jean-Christophe Dardart &#187; societe</title>
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	<description>La psychanalyse n'est pas une vérité mais une lecture.</description>
	<lastBuildDate>Sun, 18 Jul 2010 22:33:27 +0000</lastBuildDate>
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		<title>La Télé ça nous regarde : l&#8217;autorité de l&#8217;animateur ?</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Jun 2010 16:57:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-C Dardart</dc:creator>
				<category><![CDATA[psyche]]></category>
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		<category><![CDATA[tisseron]]></category>

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		<description><![CDATA[	
	Lors d&#8217;une émission d&#8217;Arrêt sur images sur le sinistrement célèbre &#8220;jeu de la mort&#8221; (&#62;voir l&#8217;extrait pour les non-abonnés), Daniel Schneidermann pose la question de savoir de quelle autorité s&#8217;agit-il lorsqu&#8217;on le parle de l&#8217;autorité de l&#8217;animateur de télévision sur son plateau. S&#8217;exercerait-elle, sur les candidats, sur le public en plateau ou sur le téléspectateur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><a title="plateautv de jclepoulet, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/21222350@N04/2725346658/"><img src="http://farm4.static.flickr.com/3123/2725346658_35c0f5f1b0.jpg" alt="plateautv" width="500" height="142" /></a></p>
	<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">L</span>ors d&#8217;une <a href="http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2844" target="_blank">émission d&#8217;Arrêt sur images</a> sur le sinistrement célèbre &#8220;jeu de la mort&#8221; (<a href="http://www.dailymotion.com/video/xcmxyc_la-tele-cette-curieuse-autorite_news" target="_blank">&gt;voir l&#8217;extrait pour les non-abonnés</a>), Daniel Schneidermann pose la question de savoir <strong>de quelle autorité s&#8217;agit-il lorsqu&#8217;on le parle de l&#8217;autorité de l&#8217;animateur de télévision sur son plateau</strong>. S&#8217;exercerait-elle, sur les candidats, sur le public en plateau ou sur le téléspectateur de la même manière ? A-t-on affaire au même dispositif pour chacun d&#8217;eux? En effet, le journaliste pose ici une question de fond sur le fonctionnement du dispositif : Télé-Animateur-Candidat-public-téléspectateur. Pour notre part nous nous intéresserons à ce qui se passe au niveau du public et des téléspectateurs.</p>
	<p><span id="more-78"></span></p>
	<p style="text-align: justify;">Il est intéressant de noter que dans les émissions à succès, une voix <em>off</em> ou l&#8217;animateur s&#8217;adresse directement à nous (&#8221;ne zappez pas&#8221;, &#8220;vous allez voir que &#8230;&#8221;) etc. Cette boite à image qui nous parle, s&#8217;adresse à nous, nous regarde tout autant que nous la regardons. Si cela est vrai pour toutes images, notre regard sur une image se définit en tant qu&#8217;on lui suppose un regard sur nous même, autrement dit <strong>une image est toujours dans un jeu de miroir avec ce qui la regarde</strong>, c&#8217;est d&#8217;autant plus le cas avec la télévision.</p>
	<p style="text-align: justify;">Pour comprendre cela, il faut revenir au <strong>stade du miroir</strong> de Lacan. C&#8217;est en 1953 dans &#8220;le stade du miroir dans la construction du je&#8221; (in <em>les Ecrits. I</em>, SEUIL), que Lacan analyse l&#8217;expérience du jeune enfant devant son reflet. Nous allons évoquer certains de ces points principaux. L&#8217;enfant voit dans le miroir une première <strong>image unifié de lui-même</strong>, alors même que l&#8217;expérience de ses <strong>sensations internes</strong> lui indique plutôt une image du <strong>corps morcelé</strong>. Sur le plan de l&#8217;identification, quelque chose de primordial se produit : l&#8217;enfant <strong>se voit comme un tout avant même d&#8217;en avoir la sensation</strong>. Ainsi, il s&#8217;identifie par anticipation à une image idéalisée de lui-même. D&#8217;ailleurs, il se voit plus grand qu&#8217;il n&#8217;est en réalité.</p>
	<p style="text-align: justify;">L&#8217;autre point essentiel est que la mère; par exemple, authentifie cette découverte en <strong>lui disant que c&#8217;est lui qui est reflété</strong>. Elle met ainsi des mots sur cette expérience qui sinon ne prendrait pas sens. Elle le rassure sur le fait que c&#8217;est un reflet de lui-même, et non pas un étranger.</p>
	<p style="text-align: justify;">Nous avons ainsi 3 éléments : l&#8217;enfant, la mère, le reflet de l&#8217;enfant dans le miroir. Précisons maintenant quelques points :</p>
	<ul>
	<li>L&#8217;enfant voyant son reflet, en portant donc son regard vers lui, voit le reflet de ce regard.</li>
	<li>D&#8217;une certaine façon se voyant en train de regarder, c&#8217;est comme si le reflet le regardait aussi.</li>
	<li>En effet, le reflet est à la fois extérieur et étranger, mais en même temps, c&#8217;est le reflet de soi-même : c&#8217;est en quelques mots, un autre soi-même.</li>
	</ul>
	<p style="text-align: justify;">Si nous partons du principe que l&#8217;image du miroir est l&#8217;un des principaux prototypes de toutes autres images, nous comprenons aisément pourquoi une image nous regarde aussi. De plus, il est important de souligner,  que la mère (puisque nous avons pris son exemple) fait partie intégrante de ce dispositif optique. En effet, elle aussi, assiste au spectacle avec l&#8217;enfant. Ce moment, ils le partagent ensemble. Serge Tisseron dans <em>Psychanalyse de l&#8217;image</em>, fait découler la plaisir de la salle de cinéma de l&#8217;illusion qui s&#8217;opère de partager une même image : ce qu&#8217;il nomme &#8220;L&#8217;illusion de l&#8217;image partagée&#8221;. Nous pouvons faire ici l&#8217;hypothèse que se rejoue, à ce moment là, le partage entre la mère et son enfant face au reflet de ce dernier. Mais ce n&#8217;est pas tout. Quand nous disions plus haut que la mère faisait partie intégrante du dispositif optique du stade du miroir, c&#8217;était  aussi pour signifier que le reflet de celle-ci était également présent dans la miroir. Du coup, l&#8217;enfant regarde le reflet de sa mère mais son propre reflet à lui aussi.</p>
	<p style="text-align: justify;">Si nous sommes passés par une explication un peu longue du &#8220;stade du miroir&#8221;, c&#8217;est parce que, tout simplement, <strong>le dispositif  &#8220;animateur-public-téléspectateur&#8221; est proche de celui du miroir</strong>.</p>
	<p style="text-align: justify;">L&#8217;animateur s&#8217;adresse au spectateur, il met des mots sur ce qu&#8217;il va vivre et ressentir. Le spectateur voit aussi le regard de l&#8217;animateur le regardant à travers la caméra. Mais il voit également l&#8217;animateur regarder le public et ce dernier regarder l&#8217;animateur. De plus le jeu des caméras est fait de manière à ce que le téléspectateur voit ce public regarder l&#8217;animateur et le plateau mais aussi la caméra. Du coup des jeux de regards se font par moment entre le public et le spectateur. Cet échange de regards ne se fait que du coté du télé-spectateur, ce spectateur à distance, car le public ne voit pas le téléspectateur, à moins qu&#8217;il suppose et projette le regard du téléspectateur vers lui. <strong>Ce qu&#8217;il faut comprendre c&#8217;est que le public a ici une fonction de reflet pour le téléspectateur</strong>.</p>
	<p style="text-align: justify;">En outre, les gens du public sont souvent choisis selon des critères de beautés par exemple et surtout il a les bonnes réactions (c&#8217;est à dire celles qui sont attendus) au bon moment (car un membre de l&#8217;équipe du plateau lui indique). <strong>Ce spectateur idéal qui est comme le téléspectateur mais en plus beau, plus en harmonie avec le plateau</strong>) et l&#8217;animateur), est ce reflet de l&#8217;enfant dans le miroir qui est lui en mieux du point de vue de l&#8217;image. <strong>En effet, rappelons que lors du stade du miroir, le jeune enfant encore nourrisson fait  une expérience d&#8217;anticipation</strong>. Il se voit comme un tout avant même que son vécu corporel soit unifié. Ce qu&#8217;il voit annoncé par la mère comme étant son reflet est forcément de l&#8217;ordre de l&#8217;idéal car il se voit comme un tout, sensation que ses perceptions internes lui donneront qu&#8217;à un stade d&#8217;acquisition supérieur et ultérieur.</p>
	<p style="text-align: justify;">Mais alors <strong>pourquoi parler de ce qui se joue entre le téléspectateur et le public pour décrypter l&#8217;autorité de l&#8217;animateur</strong>, me direz-vous ? Certains l&#8217;auront certainement déjà deviné : l&#8217;animateur jouit d&#8217;une place parentale, <strong>il est la mère du stade du miroir, plus précisément ce que Lacan appelle grand Autre</strong>. Une façon de définir le grand Autre est de dire que c&#8217;est l&#8217;instance qui nomme, donne sens, les mots qualifiant et authentifiant l&#8217;expérience du miroir viennent de lui. <strong>Ainsi l&#8217;animateur bien plus qu&#8217;un chef d&#8217;orchestre, est celui qui met un mot, ordonne, nomme ce que le téléspectateur ressent et vit</strong>. Et ce qui lui permet d&#8217;être plus facilement mis à cette place c&#8217;est le reflet du téléspectateur que représente le public. En effet, ce dernier servant la cause de l&#8217;animateur, indique ce que doit ressentir le téléspectateur et ceci mieux que lui car il est justement <strong>son reflet idéalisé</strong>.</p>


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		<title>Addiction : le paradoxe de la consommation</title>
		<link>http://www.jcdardart.net/2010/05/27/addiction-le-paradoxe-de-la-consommation/</link>
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		<pubDate>Thu, 27 May 2010 14:05:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-C Dardart</dc:creator>
				<category><![CDATA[psyche]]></category>
		<category><![CDATA[economie]]></category>
		<category><![CDATA[lacan]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[societe]]></category>

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		<description><![CDATA[	
	Une des pathologie dont on entend beaucoup parler depuis plusieurs années est l&#8217;Addiction. Ou devrais-je dire plutôt les addictions. Et ceci quelque soit nos convictions politiques. En effet, il y a inquiétude sociétale en un lieu qui ne manque pas d&#8217;intéresser un discours politique : car touchant à un fait de société. L&#8217;inquiétude autour des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><a href="http://www.flickr.com/photos/21222350@N04/4643462644/" title="croquer la pomme de jclepoulet, sur Flickr"><img src="http://farm5.static.flickr.com/4033/4643462644_fc105575bd_o.jpg" width="500" height="133" alt="croquer la pomme" /></a></p>
	<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">U</span>ne des pathologie dont on entend beaucoup parler depuis plusieurs années est l&#8217;<strong>Addiction</strong>. Ou devrais-je dire plutôt <strong>les</strong> addictions. Et ceci quelque soit nos convictions politiques. En effet, il y a inquiétude sociétale en un lieu qui ne manque pas d&#8217;intéresser un discours politique : car touchant à un fait de société. L&#8217;inquiétude autour des addictions plus que de révéler quelque chose du sujet addicte, serait, à l&#8217;inverse, le signe d&#8217;un dysfonctionnement que le sujet dépendant viendrait, en le grossissant, révéler.  Autrement dit, <strong>l&#8217;emballement anxieux autour des addictions viendrait designer un aspect morbide de notre système</strong>.</p>
<span id="more-75"></span></p>
	<p style="text-align: justify;">Le propos de cet article n&#8217;est en aucun cas une négation de l&#8217;aspect pathologique de l&#8217;addiction et encore moins de dénier la nécessité d&#8217;une psychothérapie lorsqu&#8217;une telle organisation psychique se met en place mais davantage de souligner et de rappeler qu&#8217;une <strong>société ne s&#8217;angoisse pas de telle pathologie par hasard</strong>. Si l&#8217;addiction peut être comprise comme une pathologie de la consommation, d&#8217;une dépendance incontrôlable, devenue déraisonnable où le sujet viendrait se perdre dans la surconsommation jusqu&#8217;à l&#8217;overdose, c&#8217;est à dire la mort, il peut paraitre alors étonnant de constater que c&#8217;est surtout dans une <strong>société dont le modèle économique est la consommation croissante et sans limite, que justement l&#8217;addiction à un tel succès dans les inquiétudes de beaucoup</strong>. S&#8217;agirait-il alors d&#8217;une contradiction ?</p>
	<p style="text-align: justify;">La réponse est <strong>non</strong>. Il s&#8217;agit d&#8217;un paradoxe, c&#8217;est à dire une contradiction apparente qui met en lumière en réalité une interaction cohérente. En effet il y aurait comme un effet de <strong>miroir entre la pathologie d&#8217;un sujet qui s&#8217;anéantirait dans un appétit vorace pour un produit et une société devenant malade à force de consommer</strong> et d&#8217;épuiser les ressources naturelles de notre planète. L&#8217;addiction pouvant ainsi raviver une angoisse de fin du monde, angoisse qui a toujours existé sous différentes formes (punitions divines, attaques démoniaques etc.), c&#8217;est alors une porte ouverte à des délires sur-interprétatifs, c&#8217;est à dire voir des signes apocalyptiques un peu partout. <strong>On en viendrait à voir de l&#8217;addiction à tout dès lors qu&#8217;il y a compulsion et passion ou juste répétition</strong>.</p>
	<p style="text-align: justify;">Et l&#8217;absurdité qui est le reliquat de cette angoisse de mort, peut prendre dès lors de multiples formes : si manger des cacahuètes peut vite devenir compulsif, il y aurait donc une addiction à la cacahuète ou encore un passionné de théâtre est un toxicomane de la scène. Pire encore, ceux qui répéteraient une erreur seraient accroc à cette erreur. Dans cette dernière perspective <strong>la répétition ne serait plus, comme l&#8217;avait considérait Lacan, deux signifiants qui ne se rencontrent pas</strong>, mais juste une question de dépendance. En d&#8217;autres termes une <strong>vision symbolique de l&#8217;individu gommée par une dimension purement alimentaire et organique, inféodée au registre du besoin</strong>. Si tout est question de besoin qu&#8217;en est-il alors du désir ?</p>
	<p style="text-align: justify;">Derrière le discours sur les addictions on peut trouver une mise à mal du Désir, tel que l&#8217;avait définie Lacan, à savoir le Désir est causé par un manque. Et c&#8217;est <strong>ce manque qui fait que le sujet désire</strong>. Et chez Lacan il y a de sujet que désirant. En sommes <strong>sans Désir, pas de subjectivité</strong>. Tout à la fois nous sommes dans une <strong>société qui ne supporte pas le manque</strong>, nous ne voulons pas manquer, nous voulons que nos enfants manquent de rien, tout en désignant une maladie où le manque est le plus évité. Tout ceci revenant à substituer la question &#8220;<em>qu&#8217;est-ce que je désire ? (donc où est-ce que je manque ?)</em>&#8221; par &#8220;<em>comment bien consommer ?</em>&#8220;. Comprenons donc les choses de cette manière : plutôt que de se demander comment éviter la mort (par la question de la consommation), <strong>concentrons-nous sur comment vivre, c&#8217;est à dire, que désirons-nous</strong> ? Question, je vous le concède diablement plus difficile.</p>


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		<title>Morale et économie : la question de l&#8217;angoisse</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Nov 2009 22:02:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>J-C Dardart</dc:creator>
				<category><![CDATA[psyche]]></category>
		<category><![CDATA[economie]]></category>
		<category><![CDATA[freud]]></category>
		<category><![CDATA[mort]]></category>
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		<description><![CDATA[	
	En regardant le débat sur le salaire des footballeurs dans on est pas couché (émission du 14 novembre 2009) , je fus frappé par un type d&#8217;argumentaire très représentatif de notre société actuelle. En effet, lorsqu&#8217;à propos de la somme d&#8217;un transfert Eric Zemmour déclare être choqué, un invité lui répond par un argument extrêmement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><a title="dice de jclepoulet, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/21222350@N04/4106238689/"><img src="http://farm3.static.flickr.com/2690/4106238689_ab50015315_o.png" alt="dice" width="500" height="139" /></a></p>
	<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">E</span>n regardant le débat sur le salaire des footballeurs dans <em>on est pas couché</em> (émission du 14 novembre 2009) , je fus frappé par un type d&#8217;argumentaire très représentatif de notre société actuelle. En effet, lorsqu&#8217;à propos de la somme d&#8217;un transfert Eric Zemmour déclare être choqué, un invité lui répond par un argument extrêmement courant : &#8220;oui mais c&#8217;est rien par rapport à la somme perçu par le club et autres grâce à lui&#8221;. J&#8217;en conviens ceci est tout à fait juste mais là n&#8217;est pas la question. Justement, la question se recentre par la réponse du journaliste : &#8220;oui mais c&#8217;est pas morale&#8221;. Nous assistons là dans ce malentendu à une confusion entre ce qui est morale et ce qui est économiquement compréhensible et cohérent.</p>
	<p><span id="more-66"></span></p>
	<p style="text-align: justify;">Je parle de malentendu car sur le plan de la morale le débat devrait porter sur ce qui légitime de tels revenus. Autrement dit, &#8220;y a t-il une limite de gains qui frôlerait l&#8217;indécente ?&#8221;, &#8220;s&#8217;il y a mérite qui le mérite ?&#8221; etc. Plus précisément, &#8220;doit-on exposer autant de richesse pour une personne unique quand d&#8217;autres en manque cruellement ?&#8221;. Car, oui, le problème n&#8217;est pas tant que le joueur gagne autant, que la façon dont ceci est mis en avant pour mettre en exergue son palmarès. Ici une valeur sportive est quantifiée en terme de monnaies : c&#8217;est pratique ça se mesure, ça se quantifie.</p>
	<p style="text-align: justify;">La morale renvoie à ce qui doit et peut être fait par rapport à une conduite vis à vis des autres, de soi et de l&#8217;idéal. en d&#8217;autres termes, elle touche à la façon dont on considère l&#8217;autre dans une idée de respect tout en déterminant la façon dont on peut se regarder en face. La morale est une sorte de contrat, non chiffrable et comparable qui régit une paix avec les autres. Elle est constitués de lois pas forcément écrites qu&#8217;on nomme valeur : le courage, l&#8217;abnégation, l&#8217;honnêteté, le magnanisme  etc. Or ce qui dans notre société est mis de plus en plus en avant comme valeur dépassant les autres c&#8217;est l&#8217;argent. Cependant la valeur &#8220;argent&#8221; n&#8217;est que l&#8217;illustration d&#8217;une idéologie de chiffre, du dénombrement, notamment en terme de accumulation, de toujours plus. En un mot notre société souffre de collectionnite aigüe.</p>
	<p style="text-align: justify;">Pour autant, l&#8217;homme n&#8217;est pas devenu un être immonde, sans fois ni loi. Tout simplement, il a besoin de ce sentiment d&#8217;accumulation car elle est le rempart contre une angoisse assez grande. Freud nous disait que  «<em>L&#8217;accumulation met fin à l&#8217;impression de hasard</em>». Et il s&#8217;agit bien de cela, en proie à un reversement d&#8217;anciens repères, d&#8217;une inquiétude quant à la fin, de l&#8217;avenir, de l&#8217;énigme du sens de sa vie, l&#8217;homme se demande ce qui lui est permis d&#8217;espérer. Jusqu&#8217;à présent la question de l&#8217;espoir et du sens de la vie trouvait réponse dans la religion ou dans des systèmes idéologiques qui promettaient des lendemains meilleurs si l&#8217;on se sacrifiait suffisamment aujourd&#8217;hui. Cet équivalent  entre ce qu&#8217;on sacrifie et une fin heureuse (le paradis pour la religion catholique, la fin de l&#8217;histoire pour le communisme) est très ancien. En se disant qu&#8217;en faisant ceci ou cela tout se passera bien à la fin, l&#8217;on s&#8217;assure de la non absurdité de l&#8217;existence et que notre mort ne sera pas terrible car notre vie servira pour l&#8217;après. Et le hasard c&#8217;est ce Réel qui frappe d&#8217;un couperet implacable de façon inattendue. Or quoi de plus implacable que la mort ? nulle maitrise possible, nulle négociation n&#8217;est autorisé. En vérité, il n&#8217;y a pas plus Réel que la mort.</p>
	<p style="text-align: justify;">L&#8217;espoir représenterait alors,  ce qui de ce Réel angoissant, reste et demeure au delà de nous : nos enfants, l&#8217;utopie, le paradis. Dans une société où c&#8217;est justement le sentiment  d&#8217;espoir qui est remis en cause, ce qui reste c&#8217;est l&#8217;accumulation, la consommation et l&#8217;objectivité du chiffre : tout ceci niant la hasard donc la mort. Face à l&#8217;angoisse de la mort, qui touche donc au sentiment de réalité de notre existence, les additions assureraient ce sentiment de continuité d&#8217;être et nieraient la mort car accumuler et additionner c&#8217;est &#8220;toujours plus&#8221;. Si quelque chose est &#8220;toujours plus&#8221; il ne perd pas, il continue etc. Bref, il est éternel.</p>


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